Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les ebooks de l'éditeur Amazon vendus chez d'autres libraires ?

Clément Solym - 07.03.2012

Edition - Economie - librairies - livres numériques - Amazon


Depuis les premiers pas du Kindle outre-Atlantique, la politique d'Amazon a toujours été de proposer des livres numériques à acheter directement depuis son appareil ou le site du cybermarchand. Mais surtout, le fichier n'était lisible que sur le lecteur ebook - avant de le devenir par la suite sur d'autres appareils par le biais des applications.

 

Ce système d'environnement clôt, et bien verrouillé, faisait la base même de l'économie d'Amazon. Or, depuis le début de la semaine, l'aventure d'Amazon Publishing, au travers d'Amazon Lives, va s'accompagner d'une ouverture inédite. 

 

De quoi faire changer la position d'Amazon sur la vente de livres numériques ? Si l'on peut acheter des ebooks désormais par le biais d'autres sites marchands, qu'en est-il de la stratégie que va mener Amazon. 

 

 

 

 

Amazon Lives ne devait commercialiser les livres numériques publiés qu'au travers du seul biais de ses propres canaux de vente, interdisant donc aux autres libraires de pouvoir les vendre. Ce qui signifiait que les ouvrages ne seraient commercialisés qu'au format KINDLE, et que les concurrents pourraient toujours se brosser. 

 

Un porte-parole de d'Amazon a expliqué à Publishers Weekly que la société serait à l'écoute et allait demander à la presse de faire attention à ce qui allait arriver. 

 

L'idée est tout de même plus intelligente : rappelons plusieurs faits. D'abord, le cas Amanda Hocking. Cette auteure autoéditée, qui avait fait l'objet d'enchères âprement débattues entre éditeurs… et Amazon, avait décidé de signer avec une maison d'édition classique, reprochant à Amazon de n'avoir pas encore la notoriété ni les appuis assez stables pour garantir la publication de ses ouvrages. 

 

À titre d'auteure indépendante, le système Kindle Direct Publishing était tout à fait efficace, mais plus question de rester chez Amazon dès lors que l'on parle d'un véritable contrat d'édition. D'autre, part, l'idée d'empêcher la commercialisation de titres numériques publiés dans le cadre d'Amazon Lives provoquait la légitime colère des libraires indépendants, autant que des chaînes - Barnes & Noble en tête. 

 

En ouvrant les vannes de ses publications, en version numérique, aux autres librairies, Amazon récupérerait un peu ce mauvais coup de communication. Surtout que les versions papier de ces livres étaient censés être commercialisés dans le cadre d'un partenariat avec Houghton Mifflin Harcourt, justement pour s'assurer que les autres libraires vendraient bien les titres en papier.

 

Barnes & Noble, Books-A-Million ainsi que la chaîne canadienne Indigo avait refusé alors de vendre quoi que ce soit de papier, si le numérique leur était interdit. De même, le syndicat de la librairie américaine avait joué, avec subtilité, sur un boycott bien dissimulé, en expliquant comment déréférencer les titres d'Amazon, pour ceux qui choisiraient de le faire. (voir notre actualitté)

 

Matt Supko, directeur de IndiCommerce, distributeur des indépendants, expliquait : « Même si Amazon cherche à distribuer son catalogue de livres imprimés par des moyens conventionnels, il semble qu'ils soient dans le même temps en recherche d'une stratégie d'exclusivité pour les livres numériques, empêchant d'autres détaillants de vendre leur format. IndieCommerce considère que ce comportement est mauvais. »

 

C'est que la société avait annoncé que « seuls les titres des éditeurs qui sont mis à la disposition des détaillants pour une commercialisation dans tous les formats disponibles seront inclus dans la base de données de l'inventaire IndieCommerce ». De quoi être clair… et donner du grain à moudre à Amazon.