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Les écoles privées du Pakistan censurent le livre de Malala Yousafzai

Nicolas Gary - 11.11.2013

Edition - International - Malala Yousafzai - Pakistan - Mahomet


Malala Yousafzai éprouve l'adage : nul n'est prophète en son pays. Et moins encore lorsque les responsables de l'action éducative au Pakistan, son pays d'origine, annoncent la censure de son livre. Les écoles privées du pays affirment que l'ouvrage ne respecte pas suffisamment le Coran, et considèrent qu'il s'agit d'une propagande favorable à l'Occident. 

 

 

 

 

Le président de l'ensemble des écoles privées du Pakistan, Adeeb Javedani, a déclaré que son organisation avait interdit la présence du livre de Malala dans les bibliothèques scolaires. Plus de 40.000 établissements affiliés sont concernés, et le président réclame le soutien du gouvernement, afin que l'ouvrage soit également banni des programmes scolaires, rapporte l'Associated Press.

 

« Tout ce qui concerne Malala devient très clair. Pour moi, elle incarne l'Occident, pas nous », assène-t-il. La jeune fille est devenue une héroïne en s'opposant aux talibans, et travaillant pour l'éducation des filles dans son pays. Sauf que le Pakistan voit fleurir les théories complotistes, assurant que même sa tentative d'assassinat découle d'une mise en scène occidentale.

 

Si Malala « a été un modèle pour les enfants », reconnaît Kashif Mirza, président de la fédération des écoles pakistanaises privées, « ce livre la place au milieu d'une controverse ». Et de conclure que la jeune adolescente ne serait plus qu'une marionnette dans les mains de forces occidentales. 

 

Série de sacrilèges, mineurs et majeurs

 

Parmi les reproches formels contre le livre, le simple fait que Malala n'utilise jamais la formule sanctifiée, sorte d'épithète homérique, quand on parle de Mahomet. Dans le monde musulman, il est d'usage d'ajouter après le nom du prophète « que la paix soit sur lui », ou dans une variante « que la prière et la paix d'Allah soient sur lui ». Par défaut, on emploie une abréviation PSL, ou quelque chose du genre. Or, Malala n'utilise ni l'un, ni l'autre. Sacrilège.

 

En outre, elle évoque avec enthousiasme Salman Rushdie et ses versets sataniques. Elle parle de son père, qui avait lu le livre, et le considérait comme « offensant pour l'islam, mais il croit fermement en la liberté d'expression. D'abord, nous allons lire le livre, et puis, pourquoi ne pas répondre avec notre propre livre », proposait son père. 

 

Enfin, elle prend la défense des ahmadis, secte musulmane minoritaire, à laquelle le gouvernement refuse l'identité musulmane. Au milieu des 180 millions d'habitants au Pakistan, cette minorité ne représente que 2 millions de personnes. 

 

Pour Kashif Mirza, il n'est pas question de s'opposer au combat de l'adolescente. « Nous ne sommes pas ligués contre elle. Elle est notre fille, et elle-même est troublée par rapport à son livre. Son père a même demandé à l'éditeur de supprimer les paragraphes concernant Salman Rushdie, et d'ajouter ‘Que la paix soit sur lui', après le nom de notre saint prophète. » Reste qu'aucune des écoles privées du pays n'achètera le livre.

 

Et que c'est pour ce genre de reproches qu'une fatwa fut lancée contre Salman Rushdie...