“Les écrivains, remplaçables comme les ouvrières du textile au Pakistan ?”

Neil Jomunsi - 17.05.2018

Edition - Société - auteurs réforme sociale - auteurs artistes gouvernement - réformes solidarité lecture


Entre des États généraux du livre porté par les auteurs, que les pouvoirs publics dédaignent, et la question de la sécurité sociale, balayée à la hâte et mise sous le tapis, les créateurs sont malmenés. Le président Macron, qui répétait à l'envi que la France doit être une nation de lecteurs, semble avoir oublié qu'il fut lui-même auteur. Et que ses droits d'auteurs, comme il l'expliqua, lui ont permis de vivre.


Invité régulier de nos colonnes, Neil Jomunsi pose quelques réflexions sur le double mouvement, #AuteursEnColère et #PayeTonAuteur, qui actuellement porte les revendications des artistes auteurs. 


Plume pas mon auteur
ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

Auteurs en colère : portons le combat d’une société plus juste !
 


On juge une société à la manière dont elle traite les plus faibles : étrangers, enfants, personnes âgées, racisés, chômeurs et précaires, handicapés… et bien entendu, artistes.
 

En fonction de la définition qu’on leur donne, les artistes sont une espèce à la fois florissante et en danger d’extinction. D’un côté, on n’a jamais autant écrit, composé, filmé, photographié qu’aujourd’hui : nous sommes toutes et tous devenu·e·s des artistes à notre manière. Mais de l’autre, les artistes qui souhaitent se professionnaliser rencontrent des difficultés grandissantes. Au point qu’il devient désormais très compliqué de survivre si l’on souhaite se consacrer à la création à plein temps.
 

Pourtant l’industrie culturelle fonctionne très bien, l’argent est là et le public aussi, demandeur et souvent fidèle.

Pourquoi les artistes professionnels galèrent-ils autant ? Parce que comme tous les précaires, ils sont considérés comme de la main-d’œuvre dont on peut se passer. Le livre, au sens économique du terme, n’a pas besoin d’auteurs professionnels pour exister : il suffit que des gens écrivent des livres (sur leur temps libre, par exemple). La différence est subtile, mais c’est sur celle-ci que repose toute l’économie du livre aujourd’hui. Une économie qui pourtant emploie des milliers de personnes et génère des bénéfices…

À l’échelle de l’économie, on considère que les écrivains sont remplaçables, tout comme le sont les ouvrières du textile au Pakistan. Ce n’est pas nécessairement ce qu’en pensent les gens de la profession : en public on défend la diversité culturelle, on s’honore du rayonnement… mais on laisse se dégrader la situation. Ce ne serait pas la première fois qu’on fera face à un cas de double-pensée.
 

Les livres n’arrêteront pas d’exister : même les mains coupées, on continuera d’écrire et de raconter des histoires. Mais il faut comprendre que c’est sur ce besoin vital, sur cet amour indestructible des livres, que se construisent les bases de la paupérisation.
 

Le cas des auteurs n’est pas une exception. Ce serait une erreur de le penser. Le cas des auteurs est la généralité. C’est la manière dont notre économie s’alimente de l’énergie des faibles. La lutte des auteurs, c’est en miroir la lutte de tous les précaires pour leur survie. De tous les gens qui ne rentrent pas dans les cases, des atypiques, des rêveurs. 

 

Une “aide-pourboire”
pour la sécurité sociale des artistes auteurs

 

C’est la lutte des petits, des silencieux, des modestes. La loi est censée défendre le faible contre le puissant – or la loi est aujourd’hui utilisée pour asservir davantage le faible, et c’est là qu’un gouvernement faillit à sa mission en choisissant l’économie au détriment de la vie.
 

Alors qu’est-ce qu’on peut faire ?


Contrairement aux autres précaires, les artistes ont les moyens de mettre ce combat en pleine lumière. Ils et elles peuvent porter le flambeau de la lutte pour une société plus solidaire. Je crois qu’il est essentiel qu’en tant qu’artistes, nous comprenions que nous avons le devoir de nous battre pour tous les faibles – et pas seulement pour la sauvegarde d’un régime menacé de destruction par les ennemis de la solidarité. 

 

Le combat des auteurs porte une vision : celle d’une société solidaire qui place l’art au centre de sa politique, pas parce qu’il est rentable, mais parce qu’au même titre que l’eau ou l’oxygène, il est essentiel à la survie de l’humanité.
 

Dans ce contexte, citoyens et citoyennes doivent pouvoir vivre et créer en dehors de toute considération économique – et c’est là que le combat des artistes peut rejoindre celui des coopératives, des activistes solidaires, du revenu de base, du salaire à vie, et de tous ces modèles qui visent à tirer la société vers le haut.
 

Mobilisation sans précédent des auteurs
contre les réformes sociales


On n’atteint que ce qu’on vise : il ne faut pas se battre pour un peu moins de précarité, mais pour une autre société. Que l’énergie de notre combat ne serve pas qu’à nous sauver de notre propre noyade, mais qu’il tire avec nous tous les faibles vers le haut.
 

Les #auteursencolere peuvent porter la voix de toute la société. Ce pouvoir est le nôtre. Alors, faisons ce que nous savons faire le mieux : faire preuve d’empathie et d’imagination.



Ndlr : ce 17 mai, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, doit recevoir les organisations d'auteurs. Or, sur la question de la sécurité sociale, les dés sont déjà jetés a-t-on pu apprendre. Aucune négociation, et pas plus de concertations, pour obtenir que la hausse de la CSG concerne le plus grand nombre.
 




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