Un groupe de chercheurs des Philippines a mis le doigt sur ce que l’on pressentait depuis des lustres : dans tout Dr Jekyll, il y a un Mr Hyde, cela est connu. Mais dans tout écrivain se dissimule un potentiel psychopathe. C’est que les gens créatifs ont des traits de personnalités communs avec les personnalités psychopathiques. Probablement ce qui les rend attachants... C’est ce que la psychologue Adrianne John R. Galang estime.

 

The Psychopath Test

Gwydion M Williams, CC BY 2.0

 

 

Au fil de trois études, 503 hommes et femmes ont été examinés pour une première étude. Il fallait mesurer une triade de caractères propres, explorer leur côté sombre, à travers trois tendances : machiavélisme, narcissisme et psychopathie. Dans une seconde approche ont été mesurés leurs niveaux créatifs : arts visuels, écriture créative, danse, théâtre, architecture, humour, découverte scientifique, invention et cuisine. La notation allait alors de « banal » à « éminent », et chaque personne avait la responsabilité de s’autoévaluer.

 

Comme ces réponses autodéclarées sont sujettes à caution, les chercheurs ont ajouté une dose de statistique, pour corriger la capacité ainsi mesurée – qu’elles soient sous-évaluées ou surévaluées.

 

Pour la suite, on le devine, il s’agissait avant tout de mesurer les deux niveaux relevés dans les premiers cas d’étude. Les psychologues ont ainsi noté que les caractères narcissiques et psychopathiques étaient fortement corrélés à de hauts niveaux de rendement créatif. 

 

Cependant, difficile, dans le cas des narcissiques de définir s’il s’agit simplement d’une haute estime de soi-même, en matière de création, ou si c’est un véritablement talent créatif. 

 

Dans un deuxième temps, les chercheurs se sont cette fois penchés sur la relation entre la capacité d’achèvement créative, et trois autres traits. Étaient alors mesurés l’audace, comme tendance à être moins sujet à la peur ou le stress, la mesquinerie, faculté à se montrer agressif et être dénué d’empathie et enfin la désinhibition, un trait « caractéristique du comportement impulsif des psychopathes ».

 

Les participants devaient alors répondre à des questions du type : « j’aime pousser les gens à bout » ou encore « Je peux trouver des choses qui traumatisent les autres ». Tout cela s’est montré fort instructif, évidemment.

 

Des connexions en plus, des réactions en moins

 

L’audace se trouvait ainsi fortement corrélée à des facultés créatives, et les chercheurs ont poursuivi leurs expérimentations. La dernière phase consistait à étudier le lien entre la psychopathie et la capacité à formuler une pensée divergente. En clair, trouver des solutions rares, inattendues et originales, à des problèmes spécifiques. 

 

Pour ce faire, les scientifiques ont mesuré l’anxiété des participants, en évaluant la conductivité électrique de la peau, alors que les cobayes étaient soumis à leur questionnaire. En effet, le postulat était que l’on peut mesurer de par l’activité électrodermale des réactions telles que le goût pour la prise de risque ou les réponses insolites.

 

Il s’avère que les participants ayant montré les meilleures aptitudes présentent également des tendances à la désinhibition émotionnelle, ou encore à afficher un calme physiologique. Chose que l’on pourrait résumer par : ils ne transpirent pas et sont très détachés. Or, ces éléments sont caractéristiques des psychopathes. 

 

De là à en conclure que les artistes sont des tueurs en série qui s’ignorent, les chercheurs ont encore quelques travaux à mener. Tous les résultats sont présentés dans Investigating the prosocial psychopath model of the creative personality. (voir l'étude)

 

« Toutes ensemble, les études soutiennent la thèse d’un modèle existant, établissant un lien entre la désinhibition émotionnelle et la créativité », concluent les chercheurs. En outre, la désinhibition émotionnelle compte, pour certaines personnes, comme le premier moteur de créativité. « Notre conclusion n’est pas que vous devez avoir des traits psychopathiques pour être créatif, cela serait stupide, mais que chez certaines personnes très créatives, la créativité et la personnalité [psychopathique] possèdent un dénominateur commun : une configuration mentale particulière et de la dopamine. »