Les éditeurs américains se détachent des agents littéraires

Clément Solym - 24.02.2015

Edition - International - agent littéraire - publication manuscrits - éditeurs nouveaux talents


Le rôle des agents sur les territoires anglo-saxons est incontestable : intermédiaire privilégié entre les auteurs et les maisons d'édition, ils comptent comme l'un des maillons de la chaîne du livre. Mais le Guardian apprend que certains éditeurs ont choisi de mettre en place des échanges directs avec les écrivains, en supprimant un intermédiaire, pour la découverte de nouveaux talents. 

 

 House Renting, Buying, Selling Contract

Mark Moz, CC BY 2.0

 

 

En France, une étude a fait date, sur la présence des agents littéraires. Réalisée par le MOTif en 2010, elle montait que, dans les pays occidentaux, l'agent assurait l'intermédiation, tout en gérant de multiples questions contractuelles. Selon le mandat que confie l'auteur, l'agent va pouvoir intervenir auprès de la maison qui signera l'achat des droits, tout en permettant à un écrivain de placer avec plus de confort son manuscrit. 

 

Or, chez les grands groupes éditoriaux américains, un changement culturel de grande envergure se profile. Il témoigne d'une modification des usages, et surtout, de la meilleure intégration des auteurs autopubliés dans l'édition. Il ne s'agit pas d'abandonner le recours aux agents, mais de trouver de nouvelles voix, par des biais différents. Devenir proactifs.

 

« Nous percevons tous qu'il nous incombe de ne plus simplement rester assis en attendant que les agents nous fassent parvenir des projets. Nous devons prendre l'initiative », explique Mary-Anne Harrington, chez Tinder Press. 

 

L'INA proposait un dossier, daté d'octobre 2013, où le constat posé était à mille lieues de cette nouvelle tendance.

Les agents font intégralement partie du système éditorial américain, au point que la grande majorité des livres de fiction publiés aux États-Unis sont d'abord passés entre les mains d'un agent. Il existe plus de cinq cents agences sur le continent américain, plus du double selon certains professionnels, rassemblés en majorité autour d'une association puissante et respectée : l'Association of Authors Representatives, établie en 1928.  

Pourtant, la profession faisait déjà face à une mutation, motivée par la crise éditoriale et économique, alors particulièrement forte. De nouvelles orientations pour le métier, comme le marketing, les relations publiques, ou même... l'édition numérique, devenaient indispensables pour que l'activité se poursuive.

 

Katie Espiner, éditrice chez Borough Press, nouvelle filiale de HarperCollins, assure qu'elle ne permettrait à personne d'autre de prendre des décisions pour elle. À ce titre, le démarchage, et la recherche de manuscrits sont un impératif de son métier. Jonathan Lloyd, président de l'agence Curtis Brown reste sceptique quant à cette nouvelle tendance. « Les éditeurs n'ont pas les ressources, le temps, ni l'énergie pour faire face à l'afflux de manuscrits qu'ils vont recevoir. Et ces derniers ne seront pas filtrés. » 

 

D'autant plus qu'à l'instar d'autres agences, Curtis Brown a ouvert de nouvelles vannes : en lancé voilà trois ans, un cours d'écriture créative, l'agence a pu recruter 15 nouvelles plumes. Sans compter le travail réalisé pour découvrir dans les réseaux d'autopublication, les écrivains du futur. 

 

La France, qui n'a pas encore pris le pli de cet intermédiaire, et s'y montre toujours peu ou prou, réticente, a des particularités étranges. Laure Pécher, de l'agence Pierre Astier et associés, soulignait qu'il s'agit du seul pays où l'auteur cède tous les droits sur son livre pour toute la durée de la propriété intellectuelle. L'éditeur prend 50 % des droits, alors qu'il n'a en fait pas le temps de s'occuper des cessions. L'agent, à l'inverse, ne prend que 20 % et apporte l'assurance de négocier les contrats au mieux et en plus grand nombre, ayant une bonne connaissance des marchés.

 

Dans l'étude du MOTif, la conclusion montrait que l'agent occupe une place où l'auteur devient la priorité, en tant que « créateur de valeur dans la production éditoriale. [...] Réfléchir au rôle de l'agent conduit donc à s'interroger sur le statut de l'auteur, ses droits et ses besoins, sa professionnalisation souhaitable ou non, sa responsabilisation individuelle ou collective ».

 

Rappelons également que l'Association of Authors Agents, au Royaume-Uni, a signé une charte, qui sont autant de lignes directrices, pour couvrir un champ plus large d'activités. Ces bonnes pratiques destinées à encadrer la profession ont été votées par les membres, via mail, avec un taux de participation supérieur à 80 %. En vertu de ces nouvelles lignes directrices, les membres de l'AAA sont notamment tenus de « définir clairement et par écrit leurs conditions d'affaires en fonction de tous les services offerts aux auteurs ».

 

De quoi anticiper le changement, s'il devient systématique.