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Les éditeurs britanniques se prêtent à l'ebook en bibliothèque

Antoine Oury - 06.03.2014

Edition - Bibliothèques - prêt d'ebooks - livre numérique - bibliothèque


Le prêt de livres numériques en bibliothèque n'est pas encore la règle : si les États-Unis et le Canada structurent l'offre depuis quelques années, toujours à la recherche d'un équilibre qui plaira à chaque acteur impliqué, les initiatives ne sont pas légion. Les éditeurs britanniques viennent toutefois d'annoncer un programme-pilote qui s'étendra sur un an, pour étudier les effets du prêt.

 


Library

Le public n'a pas attendu ?

(Campus de Madrid, Saint Louis University Madrid Campus, CC BY-ND 2.0)

 

 

La Publishers Association, organisation rassemblant les éditeurs du pays, a annoncé ce lundi 3 mars le lancement d'un programme-pilote d'un an, dans les bibliothèques de 4 territoires : Peterborough, Newcastle, Windsor and Maidenhead, et Derbyshire. Près d'un millier de titres seront disponibles pour le prêt, sur une durée de 7 ou 21 jours, au choix.

 

Le programme-pilote est attendu depuis un moment par les bibliothécaires : il fait suite à la fameuse Sieghart Review, une étude gouvernementale qui insistait sur l'importance du prêt. « Les preuves que nous avons vues dans le panel ont suggéré que le prêt en ligne à distance a signifié plus de gens et plus de visites en bibliothèques physiques, pas moins. Les gens veulent accéder aux bibliothèques d'une manière qui convient à leur style de vie », expliquait Janene Cox, président de la Society of Chief Librarians et membre du panel, en mai 2013.

 

Mais, bien entendu, les attentes des uns ne s'adaptent pas forcément aux retenues des autres, et les éditeurs préfèrent expérimenter le prêt avant de lui donner une échelle plus importante. Quelques éditeurs ont franchi le pas en solo, mais le programme-pilote permettra de « mener un examen en temps réel sur l'impact du prêt d'ebooks sur les auteurs, les éditeurs et les services de bibliothèques, pour qu'un modèle viable et tenable pour les ayants droit soit défini ».

 

William Sieghart, à l'origine du rapport qui porte son nom, a salué ce programme-pilote, une « étape importante », selon lui. Stephen Page, éditeur chez Faber & Faber, a rappelé la nécessité de définir un modèle « qui ne met pas en danger les revenus des auteurs ». Le système de droit de prêt britannique (Public Lending Right, PLR) a été adapté au prêt numérique, désormais inclus dans la comptabilité des revenus versés aux auteurs.

 

Mais il reste encore délicat de déterminer le budget nécessaire pour une rémunération juste des auteurs : le droit de prêt, désormais géré par la British Library, ne s'applique pour l'instant qu'aux emprunts de livres numériques et audio réalisés dans l'établissement, et le programme-pilote ne proposera donc pas d'emprunts à distance.

 

La question est sensible, et les négociations entre éditeurs et bibliothécaires ne font que commencer : un discours prononcé par Stephen Page a ainsi attiré une vague de commentaires négatifs sur le Bookseller, et un démenti publié par Richard Mollet, directeur exécutif de la Publishers Association. Il y rappelle que le prêt à distance, s'il n'est pas disponible, pourra être mis en place pour certains lecteurs à mobilité réduite. Il souligne également que vente et prêt doivent s'accorder, pour éviter des dommages aux deux modes d'accès au livre.

 

Le programme-pilote est mené par la Publishers Association et la Society of Chief Librarians, et bénéficie d'une aide de 40.000 £ fournie par la British Library Trust.