Les éditeurs indépendants d'Italie revendiquent singularité et différence

Nicolas Gary - 08.05.2018

Edition - International - salon livre Turin - association éditeurs indépendants - Italie éditeurs marché


#SalTo18 – À quelques jours de l’inauguration du Salon du livre de Turin, coup de tonnerre : une dizaine de maisons annonce la création d’une nouvelle association, l'ADEI. Cette dernière réunit des éditeurs indépendants, et souhaite plus largement « renforcer la proximité avec le salon du livre ». En somme, d’affirmer la force de l’édition indépendante…


stands insolites
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

L’ADEI, pour Associazione degli Editori Indipendenti, compte déjà 250 membres. Elle réunit un grand nombre de maisons, mais surtout, a permis la fusion de trois organisations italiennes historiques : l’ODEI, Osservatorio degli Editori Indipendenti, la FIDARE, Federazione degli Editori Indipendenti et Amici del Salone Internazionale del Libro di Torino.   

 

Chacun des membres insiste ainsi sur « l’idée d’une culture plurielle et libre », dont tous se veulent les principaux acteurs. Et pour que cette dernière vive, ils entendent « représenter, soutenir et défendre les éditeurs indépendants ». Le travail pour la présidente, Sandra Ozzola (Edizioni E/O, l’éditrice d’Elena Ferrante), tournera autour de la révision de la loi Levi, des difficultés du secteur et de la promotion de la lecture en faveur des indépendants.

 

La loi Levi est une législation inspirée de la loi française de 1981, la Loi Lang, qui fixe un prix unique, établi par les éditeurs, pour les livres. Cependant, la législation italienne, pour sa part, a instauré un niveau de remise maximum, plutôt qu’un prix unique. Au cours de l’édition 2017 du salon de Turin, libraires et éditeurs réunis appelaient à la révision du texte, pour introduire de nouvelles mesures. 
 

Faire porter une voix, celle de l'indépendance

 

Ce sera précisément la mission que se donne l’ADEI, notamment à travers un code de conduite pour prévenir toute forme de concurrence déloyale. Elle aspire à créer une dynamique vertueuse, reposant sur la promotion du livre et de la lecture tout en portant les aspects économiques impératifs de l’édition. Mais surtout, chaque éditeur membre disposera d’une voix égale à celle de ses confrères, quelle que soit sa taille (ou son chiffre d’affaires) dans « une volonté démocratique forte ». 

 

Dans un communiqué, les membres réaffirment d'ailleurs qu’il est courant, dans les pays européens, que cohabitent des organisations professionnelles diverses. Un moyen d’anticiper les critiques que n’a pas manqué de formuler le syndicat réunissant les grandes maisons d’édition italienne, l’AIE. Tout cela serait avant tout une question de représentativité, donc… ou presque ? 
 

Avec la guerre des salons Turin-Milan,
“nous risquons une honte internationale”

 

En réalité, d’autres mouvements sont en jeu : en 2016, l’AIE avait annoncé la création d’un salon du livre à Milan, Tempo di libri, calqué sur le fonctionnement français de Livre Paris. Autrement dit, une solution pour financer les actions de l’organisation professionnelle, par l’intermédiaire d’un salon du livre. Or, Tempo di libri s’est ouvertement positionné comme un concurrent du salon historique de Turin — choisissant des dates proches, ce qui contraignait les éditeurs italiens à trancher entre l’une ou l’autre manifestation. 

 

Schématiquement, Milan voulait incarner une foire professionnelle ancrée sur les relations commerciales, alors que Turin s’est largement démocratisé, tout en proposant des services à destination des professionnels. Finalement, en 2017, Tempo di Libri connut une première édition assez pauvre, alors que Turin signait une année exceptionnelle. 
 

Turin et Milan enterrent la hache de guerre
(mais comptent les points)

 

Dans le communiqué de presse, l’ADEI ne manque d’ailleurs pas d’égratigner quelque peu son confrère : « En France, l’indicateur de la lecture est presque le double de celui de l’Itaie (70 % contre 41 %), et les ventes de livres sont 3,5 fois supérieures, bien que le pays ne compte que 10 % d’habitants de plus. Cela devrait nous amener à considérer qu’en Italie, d’immenses possibilités sont à exploiter, et que notre objectif réel ne devrait pas être de diviser un marché de plus en plus faible, mais de l’étendre de façon spectaculaire. »


Bien entendu, l’association espère pouvoir devenir un partenaire au même titre que l’AIE, et accompagner les pouvoirs publics, ainsi que toutes les institutions qui dans le pays ont en charge le livre. Qu’il s’agisse du Centro per il Libro e la Lettura de Rome, ou encore l’institut de statistiques, ISTAT, et bien évidemment, le ministère de la Culture, ainsi que les services régionaux et municipaux. 
 

À bon entendeur…
 

Le président de l’AIE, Ricardo Franco Levi (auteur de la loi du même nom), n’a pas caché son amertume à la presse, découvrant la création de l’ADEI. Une erreur, selon lui : « La division dans la représentativité des intérêts d’une profession entraîne toujours la même conséquence. Cela affaiblit, et ne renforce pas. Nous serons engagés et je le serai personnellement, pour qu’on se réunisse, et que chacun revienne dans la maison commune des éditeurs l’AIE », explique-t-il au Corriere della sera. Pas gagné.

 

Turin, orgueil littéraire de l'Italie
 

Une présentation de l’ADEI est prévue au cours du salon de Turin. Présidée par Sandra Ozzola, l’association compte comme fondateurs Gaspare Bona (instar libri e Blu edizioni), Marco Cassini (SUR), Simonetta Castia (Mediando e Associazione editori sardi), Isabella Ferretti (66thand2nd), Gino Iacobelli (Iacobelli editore), Anita Molino (Il Leone Verde), Andrea Palombi (Nutrimenti) et Marco Zapparoli (Marcos y Marcos).

 

Cette année encore, ActuaLitté sera partenaire du Salon du livre de Turin, avec une couverture quotidienne des événements, rencontres et des tables rondes professionnelles. 

 


Commentaires

Longue vie à nos amis éditeurs indépendants de l'ADEI ! L'édition indépendante s'organise : à quand une Fédération européenne des structures d'éditeurs indépendants ?

Philippe Magnani - ÉDITindé

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