Les éditeurs indépendants inquiets du sort des librairies Chapitre

Nicolas Gary - 02.12.2013

Edition - Librairies - librairies Chapitre - commandes impayées - éditeurs indépendants


Le président de l'association L'autre Livre, Gérard Cherbonnier, souligne que la cessation de paiement des 53 librairies du réseau Chapitre, ce 2 décembre, illustre « la fragilité qui pèse sur la situation de la diffusion du livre dans notre pays ». Et si ce sont les groupes financiers qui sont pointés du doigt, le président redoute les « risques d'impayés de nos dernières commandes » passées.

 

 

 Siège France Loisirs et Chapitre.com

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Si en début d'année, le monde du livre avait été frappé par la fermeture des établissements de Virgin, qui « s'est soldée par des pertes considérables pour les éditeurs français, selon Hachette Livre », les éditeurs indépendants n'avaient pas été particulièrement touchés. En effet, peu d'entre eux disposaient d'un compte client important dans ce réseau, contrairement aux librairies Chapitre, « issues à l'origine de la librairie indépendante ».

 

Rappelant que Hachette Livre a décidé de ne pas apporter son soutien au réseau, le président de l'Autre Livre n'en reste pas moins inquiet. En effet, « la décision du Tribunal soit une "période de redressement" ou "un dépôt de bilan", dans les deux cas nos factures seront impayées, et il n'existe aucune obligation de couvrir les dettes dans le cas d'une reprise par de nouvelles structures de chaque librairie ». 

 

Et de solliciter l'intervention des pouvoirs publics pour que les factures en attente soient réglées. Ces derniers « ne peuvent pas laisser des fonds d'investissements étrangers mettre en danger nos petites structures déjà si fragiles et pourtant si nécessaires à la bibliodiversité et au lien social ». Et d'ajouter que le fonds d'investissement Najafi, actionnaire unique du groupe Actissia, doit avoir les moyens de recouvrir les factures.

 

« Le tout appartient à un actionnaire unique, le fonds d'investissements américain Najafi Compagnies, qui investit dans différents secteurs dont produits-culturels, sportifs, commerce, produits de beautés, etc. Ils peuvent donc honorer les factures de l'édition indépendante, que ce soit de moins de 100 euros ou de plus de milliers d'euros. » A défaut de règlement, l'Association souhaite que « les pouvoirs publics [puissent] les y obliger ».

 

Dette gelée durant la procédure

 

Michel Rességuier, président des librairies Chapitre, explique à ActuaLitté, que la mise en place « d'une procédure collective nous interdira formellement de régler les dettes relatives aux biens et services avant l'ouverture ». A ce titre, les repreneurs ne seront pas contraints d'honorer les dettes contractées - bien que ceux qui s'y engageront seront mieux appréciés par le tribunal. 

 

En revanche, « les sociétés des Librairies Chapitre  devront payer tous les biens et services reçus à compter de l'ouverture de la procédure collective ». 

 

« L'existence d'impayés est indiscutablement injuste pour les fournisseurs concernés. Nous en sommes vraiment désolés et nous  avons tout fait pour limiter de tels dégâts collatéraux : le manque de marchandises dans nos librairies en est la preuve évidente. De même, nous choisissons de demander l'ouverture de la procédure début décembre et non début janvier comme l'avait fait Virgin, ce qui pénalise beaucoup moins les fournisseurs », assure-t-il. 

 

Plusieurs fournisseurs « souffriront malheureusement d'une dette gelée pendant la procédure collective », conclut Michel Rességuier.