Les éditeurs italiens déplorent le manque de soutien des institutions

Nicolas Gary - 14.10.2015

Edition - International - Foire du livre de Francfort - association des éditeurs italiens - Federico Motta


À l’occasion de la Foire du livre de Francfort, le président de l’association des éditeurs italiens est intervenu pour brosser le tableau de l’industrie. Une situation assez peu encourageante, et qui mérite certainement une force de conviction profonde. D’autant plus que le rachat planifié de RCS Libri par Mondadori va mettre à mal les équilibres déjà fragiles. Le géant, sous la coupe de Marina Berlusconi, va en effet représenter 40 % du chiffre d'affaires de l'édition, de quoi donner des sueurs froides à tout un chacun.

 

Librairie Feltrinelli Rome

Librairie Feltrinelli de Rome - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Pour 2015, assure Federico Motta, président de l’AIE, les signes semblent positifs, mais les indicateurs sont encore dans le rouge. « Nous travaillons sur l’innovation, les investissements et sur les différentes manières et significations d’être éditeur de nos jours. Mais notre marché du livre a aussi besoin de soutiens et d’investissements pour promouvoir la culture. »

 

Et de pointer le fait qu’en France, le Centre national du livre dispose de 33 millions € de budget, quand le Centro per il Libro a moins d’un million pour lui. Mais il y a plus sérieux : « Les Italiens de la classe dirigeante, les politiciens, les dirigeants et les professionnels ne lisent même pas un livre par an », poursuit-il. 

 

Présentant le Rapport sur l’état de l’édition italienne 2015, qu’a édité le département de recherche de l’AIE, il a présenté une industrie douloureusement frappée. Pour les huit premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires dans les circuits commerciaux est en recul de 1,9 %, et de - 4,6 % en volume, selon les données Nielsen. Et ces mesures sont pourtant meilleures que l’année passée, pour la même époque. 

 

Ilaria Borletti Buitoni, secrétaire d’État à la culture, aimerait cependant démontrer que le gouvernement italien est pleinement engagé dans ces actions. « Les livres demeurent cruciaux pour la citoyenneté, au-delà même de la valeur culturelle et sociale, que ce soit sur format papier ou numérique, et l’importante présence italienne durant la Buchmesse le démontre. »

 

Pour modifier la tendance, l'impératif besoin des institutions 

 

Les métamorphoses du marché de l’édition entre 2014 et 2015 attestent par ailleurs d’une évolution manifeste. Le secteur de l’édition jeunesse est en progression de 5,9 % en termes de titres produits et de parts de marché, 5,7 %. On constate même une progression dans le marché numérique, qui a atteint 40,5 millions €, avec 26,7 % de production en plus. 

 

Reste que la littérature italienne est internationalement reconnue : les ventes de droit à l’étranger sont en croissance de 6,8 % pour les titres et les exportations sont à 40 millions € pour 2014, soit + 2,6 %. Mais le lectorat diminue, avec une nouvelle perte de 848.000 lecteurs, - 3,4 %, et la tendance dans les publications est également en recul de 3,5 %. 

 

Avec 2,6 milliards € de chiffre d’affaires en 2014, la baisse est de 3,6 % en regard de 2013. Que 2015 soit meilleure, c’est tout ce que l’on souhaite. Et Motta de conclure : « Nous travaillons à modifier la tendance du marché du livre italien, mais nous sommes seuls, sans le soutien institutionnel dont d’autres pays bénéficient pour le secteur. »

 

Motta a été élu mi-septembre au poste de président, remplaçant Marco Polillo. Il avait assuré que son mandat serait placé sous la poursuite des changements instaurés par son prédécesseur. Pour conforter sa position, vers l’international, l’AIE s’est installée cette année dans un espace plus grand, pour Francfort, afin de promouvoir la vente de droits et la culture éditoriale.