L'autoédition peut être une réponse à l'envie d'écrire' (V. Montagne)

Antoine Oury - 22.10.2014

Edition - Les maisons - éditeurs auteurs rémunération - Forum SGDL Hôtel de Massa - Vincent Montagne SNE


Pour deux jours, la Société des Gens de Lettres a choisi de consacrer un Forum entier à un sujet pour le moins brûlant, la rémunération des auteurs. L'un des points forts de cette première journée était la rencontre entre Vincent Montagne, président du Syndicat National de l'Édition (SNE) et Marie Sellier, présidente de la SGDL, sur fond (toujours) du fameux contrat d'édition à l'ère numérique, prochainement inscrit dans la loi.

 


Marie Sellier, Vincent Montagne - 10e Forum de la SGDL : La rémunération de l'auteur

Marie Sellier, Vincent Montagne, à la SGDL (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Le président du SNE s'est fait fort d'accepter l'invitation de la SGDL, alors que le contexte actuel n'est guère réjouissant : si l'édition subit une crise sans précédent, les auteurs ne sont pas en reste, et constatent une baisse constante, depuis une dizaine d'années, de leurs revenus. Le montant de ces derniers est conditionné par les pratiques en vigueur, non régulées.

 

« L'édition est une économie contractuelle, libre, mais tout de même administrée. Le contrat d'édition ne règle pas toutes les questions, certes, mais l'auteur a toujours la capacité de négocier », souligne Vincent Montagne. La première table ronde de la journée est d'ailleurs revenue sur ses marges de négociation, que les auteurs sont bien sûr invités à utiliser pleinement.

 

Toutefois, du côté des auteurs, la perspective d'une garantie légale d'un montant de droit d'auteur fait rêver : l'Allemagne a ainsi mis en place une recommandation, qui fixe le taux minimum de 8 à 10 % des droits d'auteur sur les ventes. « Toutefois », précise le président du SNE, « il ne s'agit que d'une recommandation, qui ne s'applique que sur la fiction, à l'exception d'un premier roman. Un effet pervers a d'ailleurs été observé depuis sa mise en place : les traductions ont diminué de 75 % en 7 ans », observe-t-il.

 

Un marché riche, mais atone

 

Autrement dit, « trop administrer une relation auteur-éditeur peut aussi se retourner contre le premier », et les maisons d'édition, mise à mal sur le marché, ne peuvent souvent pas honorer de telles promesses de rémunération. Celle-ci n'est d'ailleurs pas la seule base de la relation auteur-éditeur, puisqu'il faut compter « l'investissement : l'auteur fait confiance à un éditeur pour investir, pousser une collection, valoriser des titres, asseoir une confiance », détaille Vincent Montagne. Certes, l'autoédition fournit une réponse « à l'envie d'écrire croissante, et, pour des auteurs qui souhaitent écrire un titre par envie, elle peut être une réponse », admet Vincent Montagne.

 

Finalement, face à la baisse des ventes, et à la hausse du coût de revient du livre, l'éditeur ne peut pas tout éditer, et s'attacherait donc à faire correctement son métier, avec les auteurs qui lui ont fait confiance. Certes.

 

Baisser le coût de revient ou la production ne seraient-elles pas des solutions viables, dès lors ? Les auteurs BD ont récemment évoqué la production d'albums cartonnés, viables dans les années 1990, mais délétère à l'heure de ventes très faibles pour certains titres. « Le problème, c'est qu'on se retrouve alors dans une sorte de quadrature du cercle : la baisse de la qualité de l'offre, avec des couvertures souples par exemple, déçoit le consommateur, qui se détourne alors de l'offre, peu importe le prix », explique Vincent Montagne, interrogé par ActuaLitté.

 

Le PDG de Média Participations avait lui-même tenté l'expérience au début des années 1990, avec la collection BD Chouette, vendue à bas prix avec des coûts de fabrication plus faibles. « Les lecteurs avaient l'impression d'une BD bradée, un peu comme les albums offerts en station-service », se souvient Vincent Montagne. Par ailleurs, réduire la production fait craindre aux éditeurs la perte d'une diversité éditoriale : des titres avec d'importantes ventes, mais à la durée de vie faible, permettent aussi de conserver d'autres titres en librairie.

 

Le numérique en bouée de sauvetage ?

 

Dans ce contexte délicat de l'imprimé, le format numérique, avec ses promesses de réduction des coûts de production et de partage plus favorable à l'auteur, laisse des raisons d'espérer. Toutefois, précise d'emblée Vincent Montagne, « les éditeurs numériques que je croise publient leurs œuvres en papier, parfois après une publication numérique, pour s'assurer des bénéfices ».

 

À 3 ou 4 % du chiffre d'affaires de l'édition, la vente numérique n'est pas encore développée, mais les attentes des consommateurs sont déjà définies par les autres produits numériques, comme la musique ou l'audiovisuel : « Nous sommes pris entre deux feux : le consommateur veut un prix du numérique en baisse, et, d'un autre côté, la transposition du papier vers le numérique, de manière homothétique [au niveau du contenu, mais aussi des ventes à l'unité, NdR] va évoluer vers des modèles plus complexes, d'abonnement notamment », explique Vincent Montagne.

 

Là encore, difficile de statuer légalement ou de manière interprofessionnelle d'une assiette de base : « Entre le livre juridique et la BD, pour prendre deux extrêmes, les coûts de production sont totalement différents », note Vincent Montagne. De plus, et plusieurs éditeurs le rappelleront au cours de la journée, la production d'un fichier numérique correct ne réduit pas sensiblement les frais de production.

 

Un peu comme pour PNB, le Prêt Numérique en Bibliothèque, la règle sera de laisser le marché révéler certaines pratiques des usagers, avant de prendre les mesures nécessaires.

 

Une confiance à renouveler, tout de même

 

L'autre point chaud du contrat d'édition à l'ère numérique concernait la reddition de comptes, censée présenter les revenus des auteurs, administrés par les éditeurs. Au fil des années, les plaintes se sont accumulées, pointant un manque de sérieux, ou de lisibilité, dans ces relevés. Vincent Montagne, sur ce point, exclut toute intervention d'un organisme extérieur : « Si la confiance contractuelle n'est pas honorée, des sanctions interviennent », explique le président du SNE.

 

« La résiliation du contrat d'édition peut aussi survenir suite à l'absence d'exhaustivité de la reddition de comptes, qui survient souvent, d'ailleurs, au sein des maisons d'édition en difficulté », observe Vincent Montagne. « Si les moyens informatiques le permettent, il faut que les éditeurs donnent aux auteurs des accès à leurs relevés de comptes personnels, de façon mensuelle ou trimestrielle », admet-il cependant.

 

Une confiance à renouveler, en améliorant la relation entre l'auteur et l'éditeur, et le suivi des comptes, mais aussi en faisant preuve d'attentions pour les uns et les autres : Vincent Montagne appelle ainsi les auteurs, en conclusion, à « écrire l'importance de l'éditeur, face aux menaces qui pèsent sur le droit d'auteur ».

 

Les déclarations de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, dans une lettre envoyée aux Commissaires à la Culture et à l'économie, réclamant « la levée du droit d'auteur et des restrictions nationales comme le prix unique » dans l'espace du Marché unique, sont perçues comme aussi menaçantes que les pratiques monopolistiques d'Amazon outre-Atlantique. 1200 auteurs américains avaient signé un texte dénonçant le cybermarchand, et soutenant les éditeurs dans leur métier.