Les éditeurs ont-ils contribué à dévaloriser le prix des ebooks ?

Clément Solym - 23.02.2010

Edition - Société - editeurs - contribuer - dévaloriser


Question intéressante, non ? Après tout, l'oeil naïf pourrait interroger à l'envi les éditeurs de la sorte : « Était-il si difficile de lutter contre Amazon que vous ayez eu besoin d'Apple le fasse à votre place, pour que vos livres numériques soient vendus à un tarif acceptable ? »

La logique est pourtant simple chez les maisons : « Si vous pouvez vous payer un lecteur ebook, vous pouvez bien payer plus cher pour des livres numériques. » Une affirmation assez provocatrice que The Consumerist lançait comme ça dans ses colonnes.

Contenu contre contenant

Mais pas si innocemment qu'on le croirait. Parce qu'à cette affirmation, les réactions des blogueurs de haute voltige n'ont pas tardé, et des internautes par la suite. Brett Sandusky, de QBAH2 rétorque avec froideur : « Est-ce que les lecteurs ebook ont un quelconque rapport avec des contenus sans valeur ? Pas d'accord ! » L'argument est en effet paradoxal : si l'on opte pour un lecteur ebook, c'est évidemment pour faire des économies sur le long terme en achetant des livres qui ne soient pas aussi onéreux que leurs versions papier.

Et en effet, la valeur marchande d'un ebook autant que le calendrier des sorties relève aujourd'hui du parcours du combattant. Surtout depuis qu'Apple a clairement expliqué que finalement, les prix des ebooks vendus via iBooks ne seraient pas aussi conformes aux attentes des éditeurs qu'ils l'avaient cru. Qui est naïf au final ?

Responsables mais pas coupables


Donc la question se pose : les éditeurs sont-ils complices de la dévaluation du prix des livres numériques ? En somme, ont-ils participé, bon gré, mal gré, ou même involontairement à ce que les ebooks soient des produits peu chers ? Parce que l'argument « valeur ajouté de l'éditeur » aujourd'hui avancé un peu partout commence à s'estomper et plus personne n'est dupe.

Pourtant, complice n'est peut-être pas le terme le mieux choisi, notamment parce qu'il implique une intention. Le plus optimiste est de considérer qu'ils n'ont jamais su comment s'en sortir et qu'ils se sont laissés balader par les offres d'Amazon, avant de se rendre compte que tout cela ne leur convenait pas du tout. De même qu'ils ont bu les paroles d'Apple, et béats d'admiration devant les possibilités de l'iPad, en ont encore une fois oublié de réfléchir...

Et à l'insu de mon plein gré ?

Oui, l'argument est sévère. Mais quand on se fait avoir une fois par Amazon, ne se montre-t-on pas plus vigilant encore par la suite ? À moins que l'annonce de livres numériques vendus moins chers et pas uniquement dans le créneau 13$/15$ (le fameux modèle d'agence), n'ait été négocié bien plus en amont et que ce ne soit une surprise que pour le grand public.

Dans ce cas, ne parlerait-on pas d'intention de se faire avoir ?

Selon The Consumerist (cité plus haut) : « Actuellement, la quasi-totalité de la valeur d'un format ebook provient de l'appareil, pas de l'éditeur. La portabilité, l'achat sans difficulté, la synchronisation avec plusieurs appareils, tout cela est permis par le dispositif, et par le détaillant. »

Alors, que fait l'éditeur ? Il numérise ? Certains diront même qu'il bulle...