Les éditeurs ripostent : le DoJ prit entre loi antitrust et dumping

Clément Solym - 17.08.2012

Edition - Economie - DoJ - apple - antitrust


Quelques précisions viennent d'être apportées quant au décret qui oppose le DoJ et l'entente réalisée entre Apple et cinq groupes d'édition (voir notre actualitté) concernant un prix fixe (ou minimum) de vente des livres numériques. Le DoJ a décidé de casser l'accord et, sous le décret de loi, Simon & Schuster, Hachette Book Group et HarperCollins ont décidé de revenir sur leurs signatures.

 

Pour le DoJ, un tel accord devrait être préalablement approuvé par un juge fédéral sous peine de tomber sous la loi antitrust. C'est ce qui n'a pas manqué d'arriver à Apple et ses signataires éditoriaux qui souhaitaient organiser un système de collusion sur le prix des livres numériques. Une technique qui sied bien à Apple, de figer ainsi un marché qu'on se partage. Il est à remarquer qu'Apple est le seul fabricant de tablettes dans cette entente, suivi de fabricants de contenu.

 

noyade...

La noyade est proche...

 

En France, une telle entente sur les prix est interdite. Ce n'est pas sans rappeler l'affaire qui avait agité les entreprises de téléphonies Orange, Bouygues et SFR qui s'étaient faites épinglées pour un accord de prix d'abonnement. Aux États-Unis, ce genre de collusion fait encore plus grincer des dents. D'où la loi invoquée actuellement, centrale et cruciale, la loi antitrust (comprendre anti-monopole). C'est elle qui fut ni plus ni moins appliquée, lorsque Microsoft s'était plu à tuer le marché informatique dans la fin des années 90, en rachetant tous les petits concurrents et en obtenant près de 90 % du marché.

 

L'état américain, à grands fracas, était "bien vite" arrivé pour casser la société grâce à la loi antitrust, afin de les obliger à perdre des parts de marché pour réinstaller la concurrence. Car dans la conception du capitalisme américain, le système ne fonctionne que s'il y a concurrence. Et aujourd'hui, le problème provoqué par l'accord entre Apple et les sociétés d'édition, c'est que le DoJ perçoit cette entente sur les prix fixés comme un refus de concurrence doublé d'une main mise d'Apple, exerçant un monopole sur le marché.  

 

Seulement, l'argument des éditeurs c'est de dire qu'ils se sont associés avec Apple parce que le pire fléau de l'édition numérique existe déjà, et c'est Amazon. Le DoJ oppose donc des arguments antitrust à une critique de dumping. Si personne ne s'assemble pour fixer un prix unique de l'ebook, Amazon n'arrêtera jamais de pratiquer la vente à perte pour récupérer une clientèle.

 

Selon une analyse entreprise par Penguin sur la fluctuation entre le prix initial des nouveaux ebooks et celui proposé par les ventes d'Amazon : « Nous avons constaté que plus de 62 % des livres édités à 20 dollars, prix imprimés sur la couverture, étaient vendus chez Amazon à partir de 9.99 dollars et la plupart entre 14 et 15 dollars ».

 

De son côté, Macmillan assure que la part de marché d'Amazon est bien au cœur de ce processus enclenché par le DoJ, indépendamment de ce que peut dire la Cour. « Alors que le discours du gouvernement c'est qu'Amazon a acquis son monopole en tirant le meilleur parti de la concurrence », saluant ainsi sa stratégie légale d'entreprise, les dires de Macmillan et des autres éditeurs, c'est qu'Amazon ne fait qu'« engager une compétition sauvage sur les prix ».

 

The Authors Guild estime que « de tous les remèdes possibles à la collusion présumée, obligeant les trois grands éditeurs à permettre à Amazon de vendre des ebooks à perte, c'est la forme la plus destructrice de concurrence que nous pouvons imaginer ».