Les éditeurs saoudiens se désolidarisent de leur gouvernement

Julie Torterolo - 03.11.2015

Edition - International - Associations des éditeurs saoudiens - Conférence des éditeurs Arabes - Union Internationale des Éditeurs


Ce lundi 2 novembre s’est ouverte la 3e Conférence des éditeurs arabes à Sharjah, aux Émirats Arabes Unis. Richard Charkin, président de l'Union Internationale des Éditeurs (IPA), a inauguré la conférence avec un discours sur les valeurs de l’association : la transition numérique, la création, le droit d’auteur et surtout la liberté de publier. L’occasion de revenir sur les récentes polémiques de l’adhésion de l’Arabie Saoudite comme membre à part entière au sein de l’IPA. 

 

edward musiack, CC BY SA 2.0

 

 

À l’occasion d’une Assemblée générale tenue le 15 octobre dernier à la Foire du livre de Francfort, l’Association Internationale des Éditeurs (IPA) a ajouté de nouveaux pays à sa liste et accordé le statut de membre à part entière à certains États, notamment la Chine ou l’Arabie Saoudite. Une nouvelle qui n’avait pas fait l’unanimité. 

 

Publishing Perspectives avait ainsi publié, le jour du vote, une lettre ouverte signée par Lars Grahn (ex-président du Comité Liberté de publier de l’IPA de 2002 à 2006), Alexis Krikorian (ex-président du Comité Liberté de publier de l’IPA de 2006 à 2013) ou encore Ragip Zarakolu (Lauréat du prix de l’IPA en 2008 et candidat au prix Nobel de la paix). Ces derniers demandaient à l’IPA de bien réfléchir à leurs votes, en raison du grand nombre de violations des droits de l’Homme dans les deux nations. Pour eux, permettre l’adhésion de ces deux pays au sein de l’IPA  « reviendrait à trahir l’héritage qui a longuement mûri [de la liberté de publier], et serait en réalité un pas de plus vers l’abandon de ses engagements pour les droits de l’Homme ».

 

Leurs adhésions désormais actées, le média laisse le bénéfice du doute à l'IPA, expliquant que derrière l'entrée de ses nouveaux membres, l'Union souhaite travailler de plus près avec des deux pays afin de les pousser aux changements. L’Association des Éditeurs saoudiens a également répondu par un communiqué de presse. 

 

« Il est important pour la Saudi Publishers Association [l’association des éditeurs saoudiens] de mettre en avant le rôle de notre association, comme une organisation d'éditeurs indépendants qui travaillent très dur afin de garantir et préserver les droits et libertés de ses éditeurs. » Le président de l’Association des éditeurs saoudiens, Ahmed Fahed Al-Hamdan tient à le dire sans ambiguïté : son association « est une organisation indépendante qui ne se comporte pas selon les choix politiques du gouvernement saoudien ». 

 

Les polémiques autour de Salman Rushdie, "une affaire politique"

 

Il va même jusqu’à préciser que la polémique autour de Salman Rushdie — Reuters a publié en début du moins un article dénonçant que l’Arabie saoudite a convoqué l’ambassadeur Tchèque afin de protester contre une nouvelle traduction des Versets sataniques — « est une affaire politique » et n’est pas « le point de vue de l’association des éditeurs du pays ». 

 

Richard Charkin a également fait le choix de revenir sur la polémique, hier, lors de son discours pour l’ouverture de la 3e Conférence des éditeurs arabes à Sharjah. Il a rappelé les deux piliers de l’IPA, à savoir la protection du droit d’auteur et de la liberté de publier.

 

« Le deuxième pilier est tout aussi important, mais plus délicat. Les cultures fonctionnent de façon différente. La liberté d’une personne peut être interprétée comme un crime pour une autre. L'IPA n’est pas là pour juger les politiques d’un pays, mais il est là pour soutenir les associations d’éditeurs dans les pays au sein desquels ils luttent contre les abus ». Il s’est félicité de l’arrivée des nouvelles nations dans l’IPA, mais n’a pas manqué de rappeler subtilement l’objectif d’une telle adhésion : pouvoir faire changer les choses dans les pays les plus délicats.

 

« Nous allons, bien sûr, surveiller nos nouveaux membres afin de nous assurer de leur conformité avec nos principes, au moyen d’un certain nombre de mesures, mais mon avis est qu’un tel engagement nous donne une chance de soutenir nos collègues, tandis que le non-engagement n’apporte rien », conclut-il.