Les éditions Fayard condamnées à 35.000 € d'amende pour plagiat

Lauren Muyumba - 18.07.2013

Edition - Justice - Fayard - Syllepse - Plagiat


Le site Acrimed a relayé l'information le 15 juillet 2013 : le Tribunal de Grande Instance de Paris a condamné les éditions Fayard à payer 35.000 euros d'amende, suite au jugement du 7 juin 2013, pour plagiat. En cause : le livre Ne vous taisez plus !. Claire Levenson recevra 20 000 € de dédommagement pour atteinte au droit moral d'auteur, et les Éditions Syllepse 15 000 € pour atteinte à leurs droits patrimoniaux.

 

 

 

Même si Fayard a décidé de faire appel, le jugement ne sera pas suspensif. « Les circonstances de l'espèce justifient le prononcé de l'exécution provisoire, qui est de plus compatible avec la nature du litige », décrète le Tribunal dans le jugement rendu le mois dernier.

 

Le livre qui dénonce les réactions machistes survenues lors de l'affaire DSK, Ne vous taisez plus ! est bel et bien l'objet de contrefaçon. La journaliste québécoise Françoise Laborde, et l'ex-journaliste de France 2 et membre du CSA Denise Bombardier, ont repris cinq passages, à l'identique, d'un article de la journaliste new-yorkaise Claire Levenson. Publié sur le site S9late.fr en 2011, son texte avait été repris en toute légalité dans le livre Un troussage de domestique.

 

L'affaire est loin d'être neuve. Déjà en février 2012, ActuaLitté rapportait que deux plaintes avaient été déposées auprès de Fayard pour plagiat. Le site Acrimed avait souligné des similitudes frappantes entre certains passages d'Un troussage de domestique, paru chez Syllepse en août 2011, et Ne vous taisez plus ! paru deux mois plus tard.

 

Un petit exemple de passage plagié : 

« Les Français ont donc tendance à glorifier le jeu de séduction, là où beaucoup d'Américains y voient un abus de pouvoir. De même, de nombreuses femmes interviewées dans ce livre n'ont pas été gênées par les remarques que les hommes se permettraient de faire en public sur leur physique. À Paris dans les lieux publics, plus qu'à New York, les femmes sont sujettes à des sifflements et petites remarques, voire à des mains baladeuses ». (Ne vous taisez plus !)

 

« Les Français ont tendance à glorifier le jeu de séduction là où beaucoup d'Américains y verraient un risque de dynamiques d'objectification ou d'abus de pouvoir. De même, de nombreuses femmes interviewées dans le livre n'étaient pas gênées par les remarques que les hommes se permettent de faire en public sur leur physique. À Paris, plus qu'à New York, les femmes sont sujettes à des sifflements et petites remarques, voire à des mains baladeuses ». (Claire Levenson)

 

Des conclusions particulièrement embarrassantes pour le CSA puisque cette condamnation arrive au moment où l'organisme s'apprête à prendre le relais pour accomplir la mission d'Hadopi. Le but étant de lutter contre la contrefaçon sur Internet, cela éveille craintes et contradictions. Les cordonniers sont-ils toujours mal chaussés ? 

 

Les éditions Fayard, contactées par ActuaLitté, n'ont pas pu nous apporter plus d'informations.

 

Mise à jour :

 

Contacté par ActuaLitté, Patrick Silberstein, l'éditeur de la maison Syllepse, souligne le message fort envoyé par le Tribunal : « Pour ce plagiat net et avéré, qui a été d'une grande violence symbolique, le Tribunal a choisi une lourde sanction pour envoyer un message très fort aux acteurs médiatiques. Une manière de dire que tout n'est pas permis. » Et d'ajouter : « C'est la première fois que nous sommes plagiés, depuis la création de la maison d'édition en 1989. »

 

Quant aux deux auteurs, placés sous la protection de leur éditeur Fayard, Patrick Silberstein déclare qu'« elles ne s'en sont pas sorties indemnes moralement ». Notons qu'en ce qui concerne Denise Bombardier, qui avait nié en bloc toute existence de plagiat, a enfin pu parler sans langue de bois.

 

Le Journal de Montréal a rapporté ses propos prouvant bien qu'elle aurait été abusée par sa consoeur française : « Je n'aurais jamais pu m'imaginer qu'une personne que je connais, une ex-présentatrice du journal télévisé sur France 2, puisse faire une telle chose, note-t-elle. Je suis renversée de voir ce qui est arrivé. Elle n'a pas donné ses sources ! Elle n'a pas dit qu'elle avait pris ça sur un site Internet... »