Les éditions Gallimard retraduisent les romans d'Italo Calvino

Nicolas Gary - 26.03.2018

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Depuis plusieurs années, la maison Gallimard opère un effort de révision de son fonds. Ainsi, de grands auteurs étrangers sont passés au crible d’une nouvelle traduction. Au mois d’avril prochain, c’est Italo Calvino qui sera repris, avec trois titres, et pas des moindres.

 

 

 

Confiées à Martin Rueff, qui a déjà traduit Primo Levi, ou Calvino, les nouvelles traductions paraîtront dans la collection Du monde entier. Cette fois, c’est Le Baron Perché, Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant qui ressortent. Selon les informations communiquées, c’est à la demande des ayants droit que les nouvelles traductions ont été initiées.

 

Paru en 1957, Le baron perché est le plus connu des trois volets qui composent le cycle Nos ancêtres – qui comprend les deux autres retraductions. À travers un roman qui assume les apparences d’un conte philosophique, Italo Calvino rend hommage au Siècle des Lumières et livre un texte débordant d’humour, d’imagination et d’originalité. Derrière le jeu littéraire, l’auteur poursuit la quête de l’homme contemporain, orientée vers la recherche d’une complétude perpétuellement menacée par les actions de la société. 

 

Dans Le vicomte pourfendu, c’est à travers la thématique du « double », de l’homme déchiré – aussi bien par des forces extérieures que par ses tensions internes – que Calvino interroge à la fois l’état d’incomplétude qui nous caractérise et les mirages d’une intégrité perdue. 

 

Paru en 1959, Le chevalier inexistant clôture – du moins dans l’ordre de parution – le cycle Nos ancêtres, qui comprend également Le vicomte pourfendu et Le baron perché. Dans une note introductive à la trilogie regroupée par l’auteur en 1960, Calvino nous apprend que ce roman peut occuper tant la première que la dernière place du cycle, servir tant d’introduction que d’épilogue.

Cela est compréhensible dans la mesure où Le chevalier inexistant aborde la question de la réalisation humaine soulevée par la trilogie, à travers un problème qui n’est pas seulement d’ordre existentiel, mais aussi d’ordre métaphysique : que signifie être ? 

 

Précédemment, et dans la même collection, ce sont les Leçons américaines, six propositions pour le prochain millénaire, qui avaient été retraduites, par Christophe Mileschi. Ce dernier a d’ailleurs signé avec Jean-Paul Manganaro, la traduction de Pourquoi lire les classiques, d’Italo Calvino, réédité mi-mars, dans une nouvelle traduction partielle. 

 

Le chevalier inexistant – 9782072787218 – 16 €

Le Baron perché – 9782072740282 – 21 €

Le vicomte pourfendu – 9782072719035 – 12 €

Leçons américaines — Six propositions pour le prochain millénaire – 9782070140053 – 18,50 €

Pourquoi lire les classiques – trad. Jean-Paul Manganaro et Christophe Mileschi – 9782070451159 – 7,80 €




Commentaires
En tant que lecteur de Calvino j'ai été très déçu de la nouvelle traduction de "Si par une nuit d'hiver un voyageur", qui n'apporte absolument rien par rapport à la très bonne traduction originale. Le texte est assez effrayant, car c'est un quasi calque, à la différence près que le traducteur utilise en permanence des synonymes, souvent dans un langage beaucoup trop précieux, et fondamentalement à mauvais escient. Il donne véritablement l'impression d'avoir fouillé tout le dictionnaire avec l'intention de se démarquer à tout prix de la traduction originale, qui est à mon sens bien plus précise et surtout bien plus fluide et naturelle (belle, quoi !). Là, à force de vouloir trouver en permanence LE mot différent, on a un texte qui est au mieux un hâchis pseudo-esthétisant (mais pas joli !), qui multiplie les usages incongrus, les reformulations maladroites et parfois obscures, et qui sonne particulièrement faux. Sans compter le titre, si inspiré à la base : "Si par une nuit d'hiver un voyageur" se transforme on ne sait pas pourquoi en "Si une nuit d'hiver un voyageur". Je trouve ce nouveau titre très plat, très moche, et très bancal, comme amputé, hélas probablement dicté par des motifs mercantiles. Bref, cette histoire de retraduction ne dégage pas une grande honnêteté intellectuelle, même si les principaux intéressés s'en défendent. J'aime beaucoup les livres de Calvino, mais ça fait très mal de se dire que ce texte fera désormais référence pour les nouveaux lecteurs. Je n'ai pas encore lu Le Baron perché dans sa nouvelle traduction, mais je n'en ai même pas envie, cette première retraduction m'ayant dégoûté, non pas de Calvino que j'adore, mais de ce traducteur et de sa démarche.
Il me semble que le traducteur le plus fréquent d'Italo Calvino, à ce jour, fut Jean Thibaudeau. J'ai toujours admiré son travail, et le rendu des qualités littéraires permanentes chez Calvino, dont il est justement question dans "Leçons Américaines": légèreté, précision... Des qualités que Roland Barthes décrivait dans une fameuse introduction au "Chevalier Inexistant" justement, intitulée "La Mécanique Du Charme".

Alors quid de cette nouvelle traduction ? Etait-elle vraiment nécessaire ? Qu'apporte t-elle de plus, de mieux ? Et surtout qu'enlève-t-elle ?

Attention Gallimard : vous touchez à un chef-d'œuvre !

Dommage que l'article ne nous éclaire pas plus là-dessus.
CramCwaM, vous avez raison. La femme et la fille de Calvino ont tout simplement trouvé un prétexte pour quitter le Seuil afin de gagner plus d'argent, forçant une nouvelle traduction...
Je me demande comment ne pas faire confiance à une traduction faite à l'époque avec le concours même de Calvino qui parlait parfaitement français. Cela m'a tout l'air d'une simple affaire de gros sous d'après disparition. Lisant cet article j'aurais tendance à faire confiance à monsieur Wahl intime d'Italao Calvino qui me semble avoir rendu de grands service à la littérature en France. Et moins confiance à l'agence Wylie (on nage en pleine série américaine). Je fonce de ce pas relire le baron au Seuil.... snake



http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/10/tempete-autour-d-italo-calvino_1815170_3246.html
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