Les éditions Gallimard, une cage aux folles pour Louis Aragon

Clément Solym - 24.10.2012

Edition - Les maisons - Louis Aragon - Aragon, la confusion des genres - éditions Gallimard


Le Canard de ce mercredi 24 octobre change la prestigieuse maison d'édition Gallimard en caviardeur éhonté, dans un article consacré à l'histoire interne d'Aragon, la confusion des genres, paru il y a à peine une semaine. Et la version vendue au public s'avère plus légère que celle déposée sur le bureau de l'éditeur, la faute à un chapitre 7 allégrement biffé, à la demande des héritiers du poète et de l'exécuteur testamentaire Jean Ristat.

 

 

Giant Green Feathers

Le Fou d'Elsa privé de truc en plume (evil angela, CC BY-NC 2.0)

 

 

Dans ce fameux chapitre, Daniel Bougnoux raconte sa première rencontre avec le poète Louis Aragon, à l'occasion de la publication d'un essai consacré à Blanche ou l'oubli, oeuvre du communiste publié en 67 par... Gallimard. Aragon invite Bougnoux dans sa villa de Toulon, où l'auteur d'Aragon, la confusion des genres, enseignait alors la philosophie.

 

À l'étage, soigneusement à l'abri du regard du « futur exécuteur testamentaire posté au bas de l'escalier » comme Pierre Assouline désigne Jean Ristat, l'auteur d'Aurélien sort le grand jeu à Bougnoux : « Le Vieux s'était fardé et fait les yeux en y collant des faux cils dégoulinants de Rimmel. Il avait abandonné le peignoir et troqué son slip pour un cache-sexe rouge vif. J'avais à présent devant moi une drag-queen... »

 

Shocking ! Alors même que le PCF se prépare à saluer la mémoire du poète résistant, le chapitre 7 d'Aragon, la confusion des genres (!) joue le jeu de la grandeur et décadence des idoles. Les héritiers ont toutefois veillé, appuyé par Jean Ristat, par ailleurs président de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet... Et l'éditeur historique de la rue Gaston Gallimard (et non plus Sébastien-Bottin, canard pressé !) de s'exécuter platement... 

 

Le 7 septembre, au départ pour la Chine, Daniel Bougnoux reçoit un mail de Jean-Bertrand Pontalis, du comité de lecture des éditions Gallimard, l'informant que Jean Ristat ne s'oppose pas à la parution du livre, à la condition du retrait du fameux chapitre 7. « J'ai tenté de négocier, notamment sur les formulations, avec Ristat via Pontalis, mais impossible : on m'accusait de diffamation et d'atteinte à la vie privée. »

 

Pour découper, suivez les pointillés

 

Il semble difficile de taxer Bougnoux d'exploitation d'anecdotes sulfureuses : « Parallèlement à l'édition de son oeuvre dans la Pléiade, je voulais nourrir cette relation avec un grand auteur dans un ouvrage en complément, Aragon, la confusion des genres. » Par ailleurs, le philosophe consulte plusieurs avocats, dont Alain Toucas, petit-neveu d'Aragon, qui lui confirme que « Ristat est dans une totale injustice ».

 

Comme le souligne le Canard, Ristat s'était déjà fait remarqué par le procès intenté à l'organisation de notre Montebourg de la Marine, pour avoir nommé sa mouvance au sein du PS « La rose et le réséda ». Un titre emprunté à l'oeuvre du poète qui pourrait coûter au ministre... 90 000 €, somme réclamée par le président de la société des Amis.

 

Ou du lobby... Pour Daniel Bougnoux, « censurer un livre sur Aragon est impensable... Ce n'est possible que chez Gallimard, parce qu'ils doivent tout à Jean Ristat... » Seul et unique héritier du poète, légataire universel, Jean Ristat mène d'une poigne de fer la communication autour du poète.

 

L'extravagance, plus que l'homosexualité, aura été ciblée par ce coup de ciseaux. « Cela fait pourtant partie du personnage : un être d'excès, flamboyant, excessif, dangereux pour lui-même » explique Daniel Bougnoux, encore amer par cette suppression d'un souvenir crucial dans sa relation avec l'écrivain. La censure semble plus étonnante encore, puisqu'après le décès d'Elsa Triolet, Louis Aragon se présentait sur les plateaux de télévision avec un masque blanc, pour cacher son visage vieillissant... et n'hésitait plus trop à s'afficher au bras de jeunes hommes.

 

Jean-Louis Trintignant avait évoqué également ce pan de la personnalité du poète, en 1998, à l'occasion d'une lecture de La valse des Adieux. « Antoine Bourseiller me l'a proposé. Cela m'a plu tout de suite. La valse des adieux est un texte très important. Il marque la fin de la Revue des Lettres Françaises, la fin d'une époque. Pour la première fois, Aragon dit des choses contre le communisme. Pour la première fois aussi, il ne passe plus sous silence son homosexualité tardive, lui qui a écrit toute sa vie sur l'amour d'Elsa.  »

 

Aragon, la confusion des genres, de Daniel Bougnoux, chapitre censuré




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