Les éditions La Pastèque, “c’est la liberté totale de création donnée aux auteurs”

Nicolas Gary - 20.11.2017

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De Montréal – Les Éditions La Pastèque, maison québécoise, n’ont pas une histoire banale. « Avant même d’avoir publié notre premier livre, nous avions déjà trouvé un distributeur en France », explique Frédéric Gauthier, cofondateur. C’est avec le Comptoir des indépendants que la maison se lancera, à l’initiative de cet ancien libraire. Ils n’avaient alors qu’une idée en tête : raviver le goût pour la bande dessinée au Québec.


Editions La Pastèque
Martin Brault et Frédéric Gauthier
 

 

La Mouette rieuse, où travaillaient Frédéric Gauthier et Martin Brault. Avec un pareil nom, les passionnés ne manqueront ni la référence à l’univers de Franquin et de Gaston Lagaffe ni la ligne éditoriale de l’établissement : bande dessinée, comics et romans graphiques. « En 1998, c’était l’effervescence française, avec, notamment, l’Association ou les éditions Cornelius : un autre genre de bande dessinée », se souvient Frédéric Gauthier.

 

Le flair des deux hommes fut d’avoir trouvé cette diffusion, qui assura durant les trois premières années près de 80 % du chiffre d’affaires, réalisé en Europe. Avec Paul de Michel Rabagliati, la maison prendra un tournant commercial. « À la sortie du troisième tome, tout particulièrement, ce fut l’explosion : Michel était sollicité partout dans les médias... »

 

La visibilité nouvelle et la demande forte poussent les éditeurs à quitter l’autodiffusion pour le Québec. Et en 2005, la sortie de l’Appareil, un magnifique ouvrage, tout bascule définitivement. « Nous avons reçu la médaille de bronze en 2007 du Salon du livre de Leipzig (Allemagne), une première pour un éditeur canadien. À ce moment, La Pastèque est apparue comme une maison d’édition pour l’international. »

 

Pour les deux hommes, qui reconnaissent avoir « appris le métier sur le tas », la médaille de Leipzig changera complètement les choses. « Depuis six ans, maintenant, nous avons une salariée à temps complet en France, en charge de rencontrer les libraires autant que d’assurer les relations presse. » Une surdiffusion qui complète le travail du CDE et assure une proximité sur le territoire.

 

« Nous sommes également présents sur différents événements européens : les résultats sont significatifs. Le salon de Montreuil, par exemple, est devenu un indicateur de croissance pour nous, juste après le Salon du livre Montréal. » Et pour cause, en 2009, la maison décide d’ouvrir se lancer dans la jeunesse, à l’initiative des auteurs. « De toute manière, tout ce que nous avons fait, c’est parce que nos auteurs nous l’ont proposé. » 

 

Deux prix à Bologne, foire du livre jeunesse internationalement reconnue, des ventes de droits partout dans le monde... Le succès est au rendez-vous. « Comme nous avions un historique dans la bande dessinée, il n’a pas été très compliqué de basculer vers une production graphique jeunesse. » N’hésitant pas à associer avec malice un auteur de littérature et un illustrateur, comme Le voleur de sandwichs, de André Marois et Patrick Doyon, La Pastèque s’éloigne des sentiers battus.

 

« Au cours des années 80, ce fut véritablement l’Âge d’or de la jeunesse dans l’édition québécoise. Mais cela s’est poursuivi avec un fort rapprochement avec le monde scolaire, à leur demande. Nous, nous serions plutôt à l’opposé : on sort des cadres formels de fabrication, mais également dans la forme », note Frédéric Gauthier. Montreuil donnera l’occasion de découvrir de nouvelles parutions, ajoute-t-il.

 

« Le fil directeur de La Pastèque, c’est la liberté totale de création donnée aux auteurs. » Et comme toujours depuis la fondation de la maison, l’apparition d’une nouvelle ligne éditoriale découle donc de la volonté même des auteurs, avec le document non-fiction illustré. À commencer par En voiture ! L’Amérique en chemin de fer de Pascal Blanchet. 


 

 

« Longtemps, le secteur a été laissé à la production française en la matière. Or, entre les deux pays, nous parlons de réalités assez différentes, et de centres d’intérêt qui peuvent changer. » Prenant le problème à bras le corps, La Pastèque recrute alors une éditrice à temps plein, « et presque toute une équipe, pour réaliser le contrôle et les vérifications essentielles pour ces œuvres. Mais c’est énormément de travail ». Deux titres sont sortis en 2017, quatre autres sont prévus l’an prochain : « On répond aussi à une tendance mondiale forte. »

 

Une fois encore, la vente de droits consolide l’activité. Le livre de Blanchet est sollicité par un éditeur américain, fort logiquement. « Nous sommes aujourd’hui à 15 ou 20 % de notre chiffre d’affaires réalisé sur la vente de droits, et nous avons, d’ici trois à cinq ans, la perspective d’atteindre 40 %. » En l’espace de six ans, depuis la première présence à Bologne, « les éditeurs et les partenaires ont appris à nous connaître, et nous font désormais confiance ».

 

Certains titres font même l’objet d’enchères, pour la langue anglaise, et en Asie, aussi bien qu’en Espagne, les livres de La Pastèque sont appréciés des éditeurs. 

 

Reste alors le numérique. « Nous avons décidé d’arrêter toute forme d’homothétique, pour nous concentrer sur des projets natifs. C’est le cas avec Tout garni, qui aura des suites, tant les auteurs sont satisfaits. » Comment raconter Tout garni ? Le mieux est encore de le découvrir par soi-même.

 

Quant à l’audiovisuel, on ne s’étonne plus, quand Frédéric Gauthier explique que la maison laisse ces droits aux auteurs. « Nous avons préféré les accompagner dans leurs projets, en développant des projets de promotion, comme ce fut le cas pour Paul. Nous avons mis en place une édition spéciale pour le livre, ainsi qu’une exposition et un reportage autour de la réalisation du film. »

 

Tout cela avec le sourire. Parce qu’à La Pastèque, on n’est pas prêt de prendre le melon...
 

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