Les éditions Le Murmure convoquent les esprits curieux

Laure Besnier - 22.03.2018

Edition - Les maisons - Edition Le murmure - Editeur indépendant marge - Universitaire Essais pop culture


Ce sont d’abord les ouvrages jaunes vifs de la collection Borderline, aux Éditions le murmure, qui attirent l’oeil. La maison, « à la marge », propose de la Littérature, des recueils de poésie bilingue, des livres aux thèmes étonnants ou détonnants, depuis le strip-tease aux Schtroumpfs, en passant par la nécrophilie, et les zombies. Esprits curieux convoqués.  

 

ActuaLitté, CC BY-SA 2.0



« Le début de Murmure était beaucoup plus pâle » plaisante Jérôme Martin, lorsqu’on lui fait remarquer l’éclat de ses livres jaunes. « Au bout de 10 ans, on s’est rendu compte que les gens connaissaient Murmure, mais ne savaient pas vraiment à quoi ça ressemblait », explique-t-il. Résultat : une nouvelle charte graphique, et plein de petits livres couleur soleil pour la collection d’essais pop culture. 

 

Ces derniers — dont les prix oscillent entre 7 et 9 euros — s’adressent aux « curieux ». Les éditions, diffusées à Paris par Hobo Diffusion et distribuées par Makassar, sont nées à Dijon. Aujourd’hui, elles font le grand écart avec Nantes, où l’un des fondateurs a déménagé. 

 

Sortir des sentiers battus

 

Avant toute chose, petit retour en arrière, à l’Université, dans les années 90. Jérôme Martin et son futur associé, David Demartis, sont étudiants en histoire. Ils se lient d’amitié avec des universitaires dont les recherches, aux thèmes trop originaux ou tabous, sont très peu publiées. 

 

Les cultural studies (études culturelles) n’ayant pas encore fait leur apparition dans les universités, les deux « apprentis historiens » flairent une certaine demande et décident de tenter l’aventure. Ils créent une maison d’édition qui pourra accueillir des sujets « sortants des sentiers battus ».

 

Littérature, poésie et quelques romans

 

Pour Jérôme Martin, Le Murmure commence avec L’Avant-garde russe, une anthologie de poèmes choisis par Serge Fauchereau. La maison publie des ouvrages de « Littérature », quelques romans à la tonalité « trash » ou « noire » — l’éditeur nous précise que c’est le début de ce qu’il espère être une collection en devenir, encouragé par la sélection de l’un d’eux, Brown Baby de Benoît-Marie Lecoin, pour le Prix Hors concours

 

La collection de poésies contemporaines étrangères et bilingues est aujourd’hui en « stand-by ». « Le monde de la poésie est compliqué », indique Jérôme Martin, « avant on arrivait à placer les tirages, mais aujourd’hui, les libraires traînent des pieds, on se retrouve avec du stock à la maison et on a pratiquement plus de commandes. » Si quelques titres survivent, ce sont des exceptions. À noter tout de même, l’éditeur a reçu, il y a quelque temps, un long poème dont il est tombé amoureux et qu’il se voit obligé de publier. 

 

Le murmure a aussi créé un beau livre sur un gendarme, Émile Tizané, qui, au XXe siècle, enquêtait sur le phénomène des maisons hantées. Écrit par un journaliste, Philippe Baudoin, le livre Les Forces de l’ordre invisible, avec sa belle mise en page, a eu une bonne réception, « pour un premier coup d’essai ». 

 

ActuaLitté, CC BY-SA 2.0


 

Une collection pour les curieux

 

Si toutefois Le Murmure publie beaucoup d’écrits universitaires, la maison ne souhaite pas que le lecteur ait l’impression d’en lire un. Exit les notes de bas de page. La collection Borderline doit être une sorte d’« anti que sais-je », avec des « thématiques bien ciblées, une vision assez globale, des pistes pour aller plus loin, avec par exemple, une bibliographie à la fin de l’ouvrage » expose Jérôme Martin. 

 

Aujourd’hui, des journalistes écrivent aussi dans la collection, rayant définitivement l’idée d’un langage universitaire. « On voulait que ce soit ouvert à tout le monde. Il ne faut pas que les universitaires parlent entre eux, mais quelque chose qui fait que les gens puissent avoir un point de curiosité » rapporte-t-il. 

 

La collection qui peut être vue comme « rigolote », aux « ouvrages aboutis », déblaye une variété de thématiques, aux intérêts philosophiques, sociologiques, littéraires… La collection « peut parfois être un peu compliquée, il y a beaucoup de références cinématographiques, littéraires, cela demande un petit bagage culturel. Mais elle s’adresse à tous les curieux. »

 

Quid de la censure ?

 

Mais quand on publie des ouvrages aux thématiques parfois sensibles, épineuses, voire difficiles, comme la nécrophilie ou encore la pédophilie, n’a-t-on pas à craindre réactions virulentes ou des actes de censure ou d’autocensure ? Interrogé sur les ouvrages On a chopé la puberté ou encore aux pamphlets de Céline, l’éditeur répond : « Nous sommes hyper concernés par ces questions. » Il précise : « On ne fait pas l’apologie de quelque chose, s'il y a intérêt quel qu'il soit à parler de quelque chose c'est peut-être aussi pour faire avancer les choses. »

 

Il prend l’exemple de la publication d'une thèse sur le rapport avec la pédophilie dans les arts, la société, la morale ou encore l’histoire : « Nous y avons réfléchi pendant deux ans. On en a parlé avec notre diffuseur, quelques libraires, et quand on leur en parlait ils nous disaient “ah non, comment voulez-vous que je le présente?”. On a cherché une façon de biaiser un petit peu le problème, en appelant ça : Le pire des crimes. On se mettait dans une position critique, on donnait un avis par le titre. »

 

« On peut parler des choses sans leur donner du crédit », continue-t-il, même si « certains sujets sont très compliqués. » Ainsi du roman Je m’appelle Herschel Grynszpan écrit par Morgan Poggioli, qui parle de ce jeune juif polonais auteur d’un attentat en 1938, contre l’ambassade du Troisième Reich à Paris, ce qui aurait déclenché volontairement ou involontairement — selon les avis des historiens — la nuit de Cristal. « On fait attention » pointe-t-il.

 

Attention aux phrases qui peuvent se retourner contre vous, mais attention à ne pas être prisonnier de ces précautions. Pour s’en sortir, « il faut parfois attendre le bon moment, des fois il faut décaler, il faut mûrir le projet pour le légitimer comme quelque chose qui apporte quelque chose, pas pour faire du buzz. » Pour cela, un point de vue expert, légitime, est parfois indispensable.

 

En attendant, les collections des Éditions le murmure continuent de s’enrichir lentement, au rythme de 6 ouvrages publiés en moyenne par an, accompagnés de quelques iconographies. 
 

 

ActuaLitté, CC BY-SA 2.0




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