Tokyo Vice, rendez-vous pris avec les Yakuzas

Nicolas Gary - 04.06.2015

Edition - Les maisons - Jake Adelstein - Tokyo Vice - non fiction créative


« Nous avons envoyé un email pour demander les droits du livre et le traduire en français. En trois échanges c’était fait... » Consternation et joie : Christophe Payet et Cyril Gay se retrouvent avec l’une des perles de la non-fiction créative, le livre de Jake Adelstein, Tokyo Vice. Une plongée dans l’underground japonais, par cet Américain devenu journaliste pour le Yomiuri Shinbun, plus important quotidien du pays...

 

Tokyo Vice Jake Adelstein

 

 

Et voici les deux éditeurs, accompagnés de Clémence Billault et Guillaume Guilpart, avec l’obligation de monter une maison d’édition. « Le crowdfunding est devenu un impératif. Et en un mois, nous sommes presque parvenus à financer le projet de ce livre. » Et le projet a une grande ampleur : les éditions Marchialy vont s’articuler autour de ce premier titre, et déploieront un catalogue, modeste, autour de la non-fiction créative. 

 

Jake Adelstein est le seul étranger à avoir intégré la rédaction d’un des plus grands quotidiens japonais, le Yomiuri Shinbun. Pendant plus de dix ans, le journaliste américain suit les yakuzas, le trafic d’êtres humains et la corruption. Membre du Tokyo Metropolitan Police press club, sa proximité avec les enquêteurs le mène à sortir de son rôle de journaliste.


Le récit à la première personne croise journalisme d’investigation et polar nippon. C’est aussi le roman initiatique d’un jeune reporter américain qui fait ses armes dans le monde de la grande presse japonaise. Un témoignage nerveux, à l’humour subtil, sur la société japonaise et le choc des cultures. Bien loin des clichés des films de yakuzas, c’est aussi un document exceptionnel sur la traite des êtres humains et l’esclavagisme moderne grâce à des années d’investigation et d’infiltration.

 

À la recherche de la Creative Non Fiction

 

« Nous sommes dans l’héritage de Hunter S. Thompson, du nouveau journalisme américain : le genre se retrouve dans la maison d’Adrien Bosc, les Éditions du sous-sol, et d’autres, qui ont servi de défricheur. Comme eux, nous pensons que certaines histoires méritent plus que 10 pages dans une revue, et plutôt la puissance d’un livre de 400 pages. »

 

Pour preuve, le prochain livre sera une réédition de Une femme chez les chasseurs de têtes de Titaÿana. « On retrouvera les trois textes originaux, et un inédit, dans ce livre... Toujours avec la perspective de raconter des faits réels, avec une véritable dimension littéraire. »

 

Les éditeurs en devenir revendiquent d’autres inspirations, comme le Nouvel Attila ou Monsieur Toussaint Louverture, ou encore les éditions Tristram. « Ils ne sont pas directement dans ce genre, mais ont une exigence et une ligne forte. De notre côté, nous restons convaincus de pouvoir défendre l’émergence d’une écriture créative non fiction en France – la première difficulté serait plutôt de savoir quelle place elle trouvera sur les tables des libraires. »

 

Pour Tokyo Vice, le financement participatif expose les exigences que ces indépendants revendiquent. « La couverture est une illustration réalisée par Guillaume Guilpart. Et nous voulons ce type d’identité, en renouant avec un livre objet très travaillé. » Dans l’idée, retrouver les métiers traditionnels du livre, et porter une attention toute particulière à la fabrication.

 

 

Ce qui n’empêche pas de regarder le monde numérique, avec une certaine envie. « Nous chercherons certains des projets multimédias, dans le cadre de partenariat, où les livres pourront avoir une nouvelle vie propre. Peut-être des séquences enrichies, graphiquement, mais ce seront alors des œuvres indépendantes, nouvelles. Commercialiser les versions numériques est une chose importante, logique. Parvenir à explorer de nouveaux champs, c’est une fonction majeure. »

 

En attendant, les manuscrits affluent déjà, montrant que de jeunes auteurs existent sur la scène francophone. « L’autofiction a certainement fait du mal, parce que c’est une écriture forcément autocentrée. Ces projets que nous recevons montrent que l’on peut avoir une connexion réelle avec le monde, tout en explorant une écriture de fiction, plus ouverte. »

 

Chance, Tokyo Vice doit être porté sur grand écran, avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal... Pour soutenir le projet, ce sera par ici.