Les éditions québecoises, Les Allusifs, en faillite

Clément Solym - 03.10.2012

Edition - Economie - Les Allusifs - Montréal - Brigitte Bouchard


Les éditions des Allusifs, dirigées par la pétillante Brigitte Bouchard, viennent de déclarer faillite. Cette maison d'édition québécoise, située à Montréal, avait été créée en 2001, à Montréal. Leur ligne éditoriale, riche et variée, proposait des ouvrages particuliers, avec notamment Horacio Castellanos Moya, allant chercher du côté de la production d'Actes Sud. 

 

C'est depuis la page Facebook de la maison que la triste nouvelle est tombée :

Chers amis et soutiens des Allusifs. 

Après des mois difficiles, Les Allusifs ont été mis en faillite et nous n'assurerons plus le suivi de la maison d'édition. 

De nouveaux projets bientôt à venir pour l'équipe mais le suivi de cette page n'est plus assuré.

 Merci pour votre soutien,

 

Selon Le Devoir, ce sont les dettes qui ont fait plier, puis casser la maison, qui accuse près de 800.000 $ CA de passif. En 2010, les éditions Leméac, dirigées par Lise Bergevin, avaient pourtant racheté 55 % des parts de la structure, sans parvenir à redresse la barre toutefois. 

 

 

 

 

Brigitte Bouchard se passionnait pour la littérature européenne, et elle séjournait régulièrement à Paris - d'ailleurs, 80 % du chiffre d'affaires provenait des ventes européennes. Cependant, Lise Bergevin avait décidé de remettre en question ces déplacements : « Avec Internet, Skype et la possibilité d'aller en Europe tous les trois mois pour rencontrer les auteurs, les journalistes et le distributeur, il n'y avait pas besoin de dépenser autant pour vivre en Europe. Il est certain que, dans cette faillite, des auteurs et des traducteurs perdent de l'argent. Mais je me suis fait un devoir de payer tous les auteurs canadiens. »

 

Des voyages qui coûtaient cher, près de 150.000 $ CA annuellement, souligne la directrice des éditions Leméac, déplorant le « jet-setting » de ces séjours à Paris. D'autre part, en dépit de 500.000 $ CA investis dans la société, la directrice des Allusifs, qui a démissionné voilà plusieurs semaines, n'aurait « pas respecté ses engagements en continuant de signer des contrats seule et en engageant de nouvelles dépenses ». 

 

Ainsi, Lise Bregevin se retrouve seule devant les créanciers. Pour autant, la maison poursuivra sa politique éditoriale et ses publications. « Mais il me faudra au moins 10 ou 15 ans pour récupérer mes billes ! J'aurai un éditeur en Europe et un au Québec qui pourront échanger. Nous lancerons le prochain titre de Tecia Werbowski d'ici quelques jours. Et un autre avant Noël. »

 

La Presse nuance, citant Brigitte Bouchard, pour qui les aller-retour entre Montréal et Paris étaient essentiels pour entretenir les relations avec la presse. « Chaque matin, il faut que je me lève pour remettre la machine en marche, sinon j'ai l'impression que tout s'arrêterait. » En mai dernier, les Allusifs avaient fêté leurs 10 ans. 

 

Les Allusifs s'étaient fait un nom avec des livres singuliers, ouverts sur le monde et riches d'une grande diversité dans les textes. Ils « publient des œuvres littéraires qui ouvrent des horizons inépuisables sur la pluralité des expériences humaines. Fascinés par les voix singulières, plus grandes que soi, qui refondent le monde à l'infini, nous avons élaboré un catalogue de près de quatre-vingt titres, une soixantaine d'auteurs, une douzaine de langues ». La maison avait inauguré une collection 3/4 Polar, en mars 2009, superbe, avec une couverture particulièrement soignée, en relief, avec coulée de sang en option. Les journalistes garderont à l'esprit le travail remarquable que l'attachée de presse Marie-Anne Lacoma avait réalisé durant son passage dans la maison.

  

Horacio Moya, avait accordé un entretien à ActuaLitté, en septembre 2008, à l'occasion de la sortie de Le bal des Vipères. « L'aura de l'écrivain qui peut exister en France n'a pas cours là-bas », expliquait-il, portant un regard amer sur l'Amérique du Sud.