Les éditions Tishina : L'illustration créatrice aux côtés du roman

Julien Helmlinger - 02.12.2014

Edition - Les maisons - Editions Tishina - Livre d'art - Illustration


Voilà trois ans, avec les éditions Tishina, les compères Jonathan Bay et Antoine Ullmann ont créé leur maison indépendante, pour réaliser leur rêve éditorial avec une première collection de beaux livres. Leur optique : faire illustrer leurs coups de coeur, catégorie romans contemporains. Après un premier essai en 2012, avec Soie d'Alessandro Baricco, illustré par l'artiste Rébecca Dautremer, l'éditeur a confié cette année l'enrichissement du livre Le Soleil des Scorta, signé Laurent Gaudé, à Benjamin Bachelier, illustrateur jeunesse et BD.

 

 

 

 

Cette fraîche entreprise a été lancée par les deux amis, avec des choix éditoriaux guidés par leurs passions communes, que ce soit en termes de romans comme d'illustrateurs. Jonathan Bay exerçant également en tant qu'avocat, et Antoine Ullmann étant toujours éditeur pour le compte de la revue Dada, publication d'initiation à l'art destinée aux enfants, leur rythme de publication entend rester humble, axé autour de « romans d'amis que l'on partage ». Ils ont toutefois pu libérer un créneau pour répondre aux questions d'ActuaLitté.

 

Leur modèle d'édition particulier découle non seulement du fait que les deux associés sont affairés à d'autres activités, mais également d'un constat dont leur ont fait part les libraires, celui de la surproduction. La maison entend éviter ce « cercle vicieux » en se bornant à faire extrêmement peu de livres, un tous les deux ans, mais en prenant le temps de les produire, avec un an de travail par titre environ. Par ailleurs, elle essaie d'offrir des prix abordables pour du livre d'art, soit 27 et 32 €.

 

Leur première collection revisite des romans populaires, choisis notamment pour leur accessibilité, même si ce sont des coups de cœur d'éditeurs à l'origine. Ils ont donc misé en premier lieu sur Soie, de l'Italien Alessandro Baricco, avant de se pencher sur le Goncourt 2004, Le Soleil des Scorta. Des œuvres qui ont déjà atteint leur public au moment de leur publication originale, le pari éditorial n'est donc pas exempt d'une petite part de prise de risque commercial.

 

Comme le présente Antoine Ullmann : « Notre idée, c'est de travailler sur notre petit panthéon de romans contemporains, des romans que l'on a envie de remettre en valeur, et de confier une carte blanche à un artiste en lui disant de s'emparer du texte. Il ne s'agit pas simplement d'agrémenter le texte de quelques images, mais de reraconter l'histoire. Des images sont très proches du texte, mais l'artiste prend parfois ses libertés et raconte sa propre vision de l'histoire. C'est vraiment ce concept-là, à la base, une illustration créatrice, et pas seulement donner dans le livre-objet. »

 

Revisiter les œuvres nécessite d'obtenir les droits auprès d'autres éditeurs. Une tâche parfois simple, parfois très compliquée. La maison songe pour la suite à des auteurs sans limites géographiques. Des éditions étrangères de leurs livres peuvent aussi se faire, « car les auteurs ont une aura internationale », soit avec l'éditeur étranger, soit en négociant une fois encore pour permettre à une autre maison de s'en charger.

 

Aléas du copyright, la remouture illustrée de Soie n'est pas encore publiée en Italie, qui est pourtant la patrie de son auteur Alessandro Baricco.

 

Une entreprise qui ne va pas sans ses contraintes de forme

 

Pour ce qui concerne le format des bouquins de leur collection, les éditeurs ont opté pour les dimensions de 19x24 centimètres. En ce qui concerne l'impression, un tel projet n'allait pas sans contraintes de papier, expliquent-ils. Ainsi, pour offrir un certain confort de lecture, l'offset était préférable, sans renoncer à la qualité des couleurs.

 

Les couvertures de livres offrent quant à elles de jolies jaquettes, évidemment richement illustrées et aussi dépliantes à l'américaine, dont on pourrait se servir comme poster. Afin d'éviter que la partie illustration ne soit qu'un simple habillement de texte, la maison a opté pour lui accorder un ratio d'un gros tiers de pages.

 

Jonathan Bay justifie ces choix : « Pour parvenir à notre objectif, il y avait plein d'écueils, notamment en termes de forme : car on ne voulait pas tomber dans le simple objet de collectionneurs bibliophiles, qu'au final on ne pourrait pas manipuler ni lire, dans la BD ou le roman graphique non plus. On voulait vraiment que cela ait sa propre place en littérature, pas trop petit pour laisser de la place à l'image, et pas trop grand non plus pour tenir bien en main. »

 

 

Illustration extraite du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, par Benjamin Bachelier

 

 

Diverses passerelles entre la littérature et les arts graphiques

 

D'autres contraintes de la collection concernent plus directement sa dimension artistique. Tandis que les publications de Tishina rassemblent écrivains et artistes au sein d'une même édition, il s'agit notamment de trouver deux contemporains, des auteurs vivants et compatibles. Comme le décrivent les deux éditeurs, leur objectif est d'obtenir « un écho suffisant, et en profiter pour apporter un plus à l'ouvrage original ».

 

Mais pour Antoine Ullmann, la première des contraintes reste celle de la liberté des artistes. Il estime que si les illustrateurs doivent rentrer à fond dans le texte, cela nécessite que le projet leur parle directement. Son associé ajoute que cela demande un minimum de cadrage, mais ce sont des visions des styles d'artistes. « On questionne la cohérence du travail, mais on les pousse à explorer des techniques de dessin différentes, peinture, aquarelles, dessins, encres, qui correspondent à des ambiances présentes dans le roman. »

 

« On les fait se rencontrer au début, mais tout au long de la phase de maturation des images, l'artiste reste relativement indépendant. Cela nous parait important, cette année de travail en autonomie, on montre les images à l'auteur, mais on lui demande de jouer le jeu de cette carte blanche », détaille Antoine Ullmann, ajoutant que selon les termes de l'écrivain Alessandro Baricco, « c'est une mise en scène du texte ».

 

Aussi, leur entreprise implique de nombreuses versions de maquettes provisoires avant publication, et les deux éditeurs peuvent désormais se plaindre d'être devenus les « lecteurs malheureux » selon Jonathan Bay, ceux qui connaissent le roman par cœur avant de voir l'ouvrage fini. Au final, leur dernier bébé pesait 1,4 kilo à la naissance, précisent-ils. Ils en prévoient entre 10 et 20.000 exemplaires à chaque fois au premier tirage, ce qui n'est pas mal pour un début.

 

Enfin, cette initiative éditoriale se prête idéalement aux rencontres avec les écrivains, mais aussi les illustrateurs, et à toutes sortes de déclinaisons de projets à cheval entre littérature et arts, qu'il s'agisse d'expositions en galeries, de lectures illustrées en direct, ou autres...

 

Ci-dessous, un aperçu des prochains rendez-vous de la maison Tishina :

 

Jeudi 4 décembre 2014 - 18h45 - MULHOUSE
Librairie Bisey (salle des colonnes)
Rencontre puis dédicace avec Benjamin Bachelier et Tishina

Vendredi 5 décembre 2014 - 17h - STRASBOURG
Librairie Quai des Brumes
Rencontre puis dédicace avec Laurent Gaudé, Benjamin Bachelier et Tishina

Jeudi 11 décembre 2014 - 19h - VINCENNES
Librairie Millepages
Rencontre puis dédicace avec Laurent Gaudé, Benjamin Bachelier et Tishina

Vendredi 12 décembre 2014 - 19h - PARIS 14e
Librairie Le Livre écarlate
Rencontre puis dédicace avec Laurent Gaudé, Benjamin Bachelier et Tishina

Samedi 13 décembre 2014 - 14h30 - PARIS 12e
Librairie Le Merle moqueur (Printemps Nation)
Rencontre puis dédicace avec Benjamin Bachelier et Tishina