Les éditrices publient de la romance, et tous les hommes sont geeks

Antoine Oury - 16.05.2014

Edition - Société - sexisme - édition - Victoria Barnsley


On le sait, comme à peu près partout dans la société, l'égalité homme-femme dans l'édition est loin d'être acquise. Les écarts de salaire selon les sexes sont légion, et les responsabilités ne se distribuent pas de la même manière. Régulièrement, des accusations ou des inquiétudes sexistes se font jour, et c'est cette fois une femme qui considère les stéréotypes de genre comme des acquis.

 


Rodrigo Sá via Gabriel Wickbold - Série Nerd

L'avenir de l'édition, le geek (Rodrigo Sá, CC BY 2.0)

 

 

Victoria Barnsley, ancienne directrice exécutive de HarperCollins, s'est émue d'une tendance qui pourrait menacer durablement le marché de l'édition. Pendant un discours prononcé pour la remise du Prix Kim Scott Walwyn, l'éditrice a expliqué s'inquiéter des recrutements de l'édition, de plus en plus dirigés vers les industries technologiques.

 

Et, logiquement, vers des employés masculins : « Nous savons que ces sociétés technologiques sont presque intégralement masculines. Pas besoin d'être un génie pour deviner ce qu'il va se passer. Personnellement, je pense que ces hausses de recrutement au sein des entreprises vont déséquilibrer la parité dans l'édition, et le pire est à venir », a-t-elle souligné dans son discours.

 

Si l'égalité de traitement (salaires, conditions de travail) est un impératif dans l'édition comme ailleurs, percevoir la parité comme un objectif fondamental au sein d'une entreprise est plus problématique. Un auteur jeunesse avait cru bon, il y a quelques semaines, d'expliquer que le manque d'envie de lire des garçons provenait du matriarcat trop prononcé sur l'édition

 

En début d'année, Antoine Compagnon remportait quant à lui une noix d'honneur en expliquant doctement que le métier d'enseignant était en déliquescence, pour cause d'une féminisation trop importante. Mais l'analyse de Barnsley est peut-être tout aussi sexiste, en présupposant que 

1/ les travailleurs des industries technologiques sont tous des hommes, 

2/ un homme venu des industries technologiques, passé dans l'édition, serait incapable de faire la part des choses. Autant dire que les éditrices ne publient que de la romance...

 

« Tout prouve que les sociétés avec un conseil d'administration paritaire fonctionnent mieux. En fait, avoir au moins une directrice femme dans une société permet de réduire de 20 % les risques de banqueroute, et ce pourcentage augmente à la mesure du nombre de femmes nommées aux postes de responsabilité » assure encore Barnsley. Certes, cela va à l'encontre d'un fameux stéréotype (les femmes sont dépensières), mais est-ce l'occasion d'en créer un nouveau, avec un sexe qui présuppose des performances ?