Les employés d'Amazon se révoltent et brandissent la menace d'un syndicat

Nicolas Gary - 19.02.2016

Edition - Société - employés Amazon - syndicat travail


Un site monté par des employés de la société Amazon menace aujourd’hui de se syndiquer. Le Former And Current Employees (FACE) of Amazon encourage les travailleurs de l’entreprise à laisser des commentaires anonymes sur leur expérience de travail. Plus d’une centaine de messages ont déjà été laissés, y compris une lettre ouverte à Jeff Bezos.

 

Slavery in chains

(photo d'illustration, Gustavo La Rotta Amaya, CC BY 2.0)

 

 

Le site, construit au départ pour recueillir des impressions, a pris du poids, et de la confiance. Et maintenant, ses fondateurs exigent que l’on prenne les mesures appropriées, à la direction, pour améliorer la culture de travail en vigueur.

 

À ce jour, Amazon compterait plus de 230.000 salariés aux États-Unis – autrement dit, une centaine de commentaires ne représente qu’une portion congrue. Les fondateurs du site FACE se composent d’anciens employés et d’actuels salariés : jusqu’à lors, il était resté relativement anonyme. Puis, vint un rapport du New York Times, l’année passée, pointant les défauts de l’entreprise, racontés par d’anciens employés, à tous niveaux.

 

Parmi d'autres, Dina Vaccari, responsable des cartes-cadeaux, avait témoigné : « J’étais tellement accro que je voulais réussir dans cette société. Pour ceux d’entre nous qui sont allés y travailler, c’était comme une drogue par laquelle on pourrait obtenir une meilleure estime de soi. »

 

Bezos avait tenté de répondre : « L’article ne décrit pas l’Amazon que je connais, ou les gens bienveillants d’Amazon avec lesquels je travaille tous les jours. » Et le grand patron d’affirmer que les histoires rapportées dans le média, si elles sont vraies, doivent immédiatement faire l’objet de rapports auprès des relations humaines de l’entreprise. « Même si ce sont des cas rares, ou isolés, notre tolérance à un pareil manque d’empathie doit être de zéro. »

 

Un traitement équitable pour tous

 

Après cet article, le trafic de FACE a grossi, pour arriver à plus de 100.000 visiteurs au cours des dernières semaines. « Nous essayons vraiment de former un mouvement autour des droits des travailleurs et tenter de dire à Amazon que s’ils ne corrigent pas cela, nous allons trouver par nous-mêmes un moyen de changer les choses », explique un des créateurs.

 

Ils seraient cinq à l’origine, doigts d’une main de fer dans un gant de moins en moins de velours. Leur présence au sein de l’entreprise leur permet ainsi de vérifier la véracité des commentaires déposés. « Les gens se sentent déprimés et rejetés. Ils croient en un rythme de travail difficile et rapide, et livrer de gros colis aux clients, mais ils ne veulent plus autoriser les managers à les maltraiter, ce qui semble être le cas ici. »

 

À ce titre, l’un des billets les plus populaires est celui qui montre combien la situation, chez Amazon, est mauvaise. 

 

FACE espère, même plus secrètement, que le site suffira pour exercer une réelle pression sur les dirigeants, qu’ils reconnaissent les travers constatés. Et si au cours des deux prochains mois, rien ne change, des mesures seront prises pour structurer une organisation syndicale, réunissant les salariés d’Amazon. « Notre objectif est d’assurer que les gens soient traités correctement, et si ce n’est pas le cas, qu’il y ait un recours pour eux. » (via Business Insider)

 

Dans les topics, les sujets les plus divers sont traités : Amazon quand on est une femme, le freak-control des responsables, l’hostilité constatée dans l’environnement de travail. Ou même comment les managers sont protégés, quel que soit leur comportement.

 

Interpeller le grand patron

 

Dans la lettre adressée au grand patron, on peut lire : « Il est temps pour vous d’arrêter enfin de nier les problèmes de gestion d’Amazon, et de commencer à y remédier avant qu’un autre ne vous force à le faire. [...] Même si bon nombre d’entre nous ont quitté leur job en raison de maltraitance, ou ont été contraints de le faire, nous sommes tous investis pour que des changements positifs interviennent sur Amazon, à travers tous les moyens légaux nécessaires pour l’obtenir. »

 

Pas vraiment une révélation, plutôt la confirmation que l’on a bien affaire à une structure aux méthodes discutables. En France, Jean-Baptiste Malet avait déjà dévoilé cet état de fait, dans un livre choquant.

 

on est rattrapé par l’idéologie véhiculée au cœur des usines logistiques, cette méthode de management de pure exaltation de la performance, du dévouement, du dépassement de soi, du culte du fort, qui me rappelle les pires choses du XXe siècle, notamment le stakhanovisme. Dans les entrepôts d’Amazon, on pourrait presque croire qu’il n’y a pas de place pour les faibles, que l’entreprise n’est orientée que vers ses « leaders » tant vantés par la charte des valeurs de l’entreprise, charte que j’invite tout le monde à lire.

 

Il avait raconté le tout dans son ouvrage, En Amazonie, témoignage de plusieurs mois passés dans un centre logistique français d’Amazon. Édifiant, mais manifestement pas encore assez connu.