Les enjeux de la Loi Lecture adoptée aux Émirats arabes Unis, projet colossal

Clément Solym - 02.11.2016

Edition - International - Emirats arabes Unis - loi lecture promotion - livre habitants législation


Les Émirats arabes unis viennent d’adopter une loi sur la lecture, déployant un cadre législatif destiné à soutenir et promouvoir les livres. À travers tout le territoire, la législation entend favoriser le développement de nouvelles générations de lecteurs, notamment à travers un modèle fiscal allégé.

 

 

 

Stimuler le secteur privé, en l’incitant à investir dans la création de bibliothèques et de centres culturels, créer un fonds national pour appuyer les initiatives reposant sur la lecture publique, ou encore supprimer les taxes sur l’impression de livre : le projet est particulièrement ambitieux. 

 

Le président des Émirats arabes unis et émir d’Abou Dabi, Khalifa ben Zayed Al Nahyane, ainsi que le vice-président Mohammed ben Rachid Al Maktoum, ont présenté au public un projet qui vise tous les secteurs de la société. « Notre objectif est de préparer les générations qui travaillent à l’excellence et la concrétisation de la vision des EAU. Depuis leur création, ils ont reconnu l’importance du savoir, des sciences et de la culture, et combien ils servent au mieux les intérêts de la patrie et des habitants », explique le président.

 

Mettre la lecture à la portée de chacun

 

Il s’agit par ailleurs de la toute première législation en faveur de la lecture, dont les ramifications plongent très loin. Pour résumer, la loi va institutionnaliser tous les efforts destinés à l’amélioration de la lecture au sein de la communauté, et faire de l’apprentissage le processus de toute une vie. Cela débutera dès le plus jeune âge, puisqu’une trousse contenant les éléments indispensables sera fournie pour les nouveau-nés et les enfants. « La loi oblige le gouvernement à intervenir très tôt, en fournissant une mallette de connaissances », souligne-t-on.

 

« Nous cherchons à promouvoir la lecture et le savoir dans les écoles, les universités, les fondations, les foyers et tout l’État. Notre intention est de faire de la lecture une habitude quotidienne pour les gens et que les institutions compétentes puissent traduire la loi en une réalité », poursuit-il. 

 

Et il est vrai que la législation couvre des champs multiples : ainsi, elle vise à valoriser, dans les services publics autant que les cafés et les centres commerciaux, la promotion du livre, en apportant aux visiteurs de quoi se régaler de quelques pages. Les livres ainsi commercialisés devront être proposés à des tarifs attractifs, pour inciter les gens à se les procurer.

 

Au sein du système éducatif, il s’agit de développer de nouvelles bibliothèques, plus accessibles, et à travers des plans annuels, encourager les étudiants à lire plus. Elle met en effet l’accent sur la nécessité d’une intégration totale de la lecture au système éducatif.

 

Pour les professionnels de l’édition, impôts et taxes seront supprimés pour l’impression, l’édition et la distribution de livres imprimés – un rêve véritable. 

 

La législation va jusqu’à instaurer des heures de lecture au travail, pour donner aux employés l’opportunité de lire. Même les médias sont concernés avec l’obligation de trouver des créneaux horaires pour encourager – par des émissions certainement – à la lecture. 

 

Un geste culturel sans précédent

 

Bien entendu, ce processus d’institutionnalisation a quelque chose de périlleux : le ministère de la Culture et du Développement des Savoirs aura pour mission de fournir aux bibliothèques publiques et aux installations dédiées à la lecture, dans tout le pays, une liste complète d’œuvres. Difficile de savoir si cette liste sera exclusive de toute autre lecture possible.

 

Toutefois, on peut lire que les ouvrages qui ne sont plus spécifiquement sollicités ne pourront plus être détruits, mais devront être conservés en vue d’une réutilisation ultérieure. Pour Son Altesse, la loi Lecture représente « un geste culturel et législatif sans précédent ». Ça en a tout l’air...

 

 

 

Cette loi sur la lecture avait été amorcée en mai dernier, avec une stratégie sur dix années de développement et de formation. On parlait alors de plus de 100 millions de dirhams AED pour sa mise en place, par année. Un mois entier pleinement consacré au livre sera proposé, à compter de 2017, en mars. 

 

Inscrire la lecture dans les habitudes, durablement

 

Concernant le Fonds national de soutien à la lecture, son modèle est encore à préciser : aura-t-il pour vocation de financer la visite d’auteurs dans des écoles – avec tout l’intérêt pour les uns et les autres que cela aurait ? Encourager les jeunes à écrire serait également une solution, surtout s’ils bénéficient de l’accompagnement d’un auteur. 

 

Dans les faits, le programme d’incitation doit aboutir à ce que 20 livres soient lus par 80 % des élèves chaque année, dont la moitié réalisée par leurs parents – et 50 % des adultes aujourd'hui. Et pour s’assurer que le projet soit mené à bien, la loi imposera que les établissements, les bibliothèques puissent être adaptés aux personnes en situation de handicap. 

 

Si 2016 a été consacrée année de la lecture, l’idée sera de transformer l’essai pour inscrire le livre dans les habitudes de chacun. « C’est notre principal défi, en établissant une Loi Lecture, et le pas le plus important pour rendre la lecture durable, dans un mouvement qui vise à construire une économie de la connaissance aux EAU », assure-t-on. 

 

Et probablement indiquer à la génération internet, qui profite de tant d’informations disponibles « que trouver sur Google un sujet, ou sur une page web, ne rend pas ce qu’ils lisent vrai ou correct. C’est là que savoir comment utiliser une bibliothèque pour vérifier les informations et les sources devient un véritable avantage ».

 

via Gulf news