Les Épreuves de livres, prochaine passion des collectionneurs ?

Clément Solym - 22.09.2011

Edition - Economie - vendre - livres - enchères


C'est un secret de Polichinelle dans la profession, de savoir quel est le sort réservé aux ouvrages envoyés aux journalistes, comme aux libraires, en service dit 'de presse'. Ils sont très généralement revendus. Ces livres, expédiés avant leur sortie, permettent aux uns comme aux autres de se faire un avis, et d'être à la page, dans leur commerce et leurs critiques. Et inversement.

Ce que le grand public ignore plus encore, c'est qu'il existe une autre gamme de livres, communément appelée Épreuves, et souvent accompagnée du sous-titre : non-corrigées. Là où les livres de service de presse sont conformes en à peu près tous points à ceux qui seront vendus en librairie, les Épreuves, elles, sont assez rebutantes. Pas de couverture, ni de couleur, un bloc plus ou moins gros de papier, de plus ou moins bonne qualité...


Bref, du texte et du texte uniquement. Mais qui coûte cher à fabriquer, et que l'on réserve, tant pour la presse que les librairies, à des initiés. On raconte cependant qu'il est des journalistes pour exiger de ne lire que sur Épreuves. Et ne pas chroniquer pour autant les ouvrages coûteux, coûteusement expédiés. On le murmure...
 
Outre que cette mode serait moins chère en passant à des versions numériques des textes, puisqu'il s'agit bien de cela, le livre dit Épreuves se revend moins facilement. Beaucoup moins facilement. De fait, le service de presse se refourgue sans peine chez tel ou tel bouquiniste, qui peut le revendre comme un exemplaire neuf. Le cas de l'Épreuve est différent...

Un nouveau commerce ?

Et pourtant, l'un des blogs du Guardian pointe la commercialisation d'un titre de Hannu Rajaniemi, The Quantum Thief, sur le site d'enchères eBay, qui propose de se procurer ce livre, dans cette version Épreuve, pour la très modique somme de 275 £.

Et effectivement, il s'agit bien d'une de ces versions Épreuves rares, Uncorrected Book Proof.


Une version Épreuve, alors que le livre est sorti en novembre 2010, et qu'il a connu une belle presse... Et si pour le moment personne n'a encore pris contact avec le vendeur, le directeur de la publicité, chez Gollancz, la filiale de la maison Orion, est assez dépité.

Surtout que le vendeur s'est uniquement appuyé sur le communiqué de presse diffusé alors avec le livre, pour faire la description de son enchère...

Légalement, la loi anglaise ne semble pas particulièrement condamner ou interdire la vente de ce type d'oeuvres. Peut-être que l'auteur pourrait trouver en revanche à y redire, en regard du droit moral ?