Les étudiants d'Utah préfèrent les manuels papier au numérique

Louis Mallié - 22.08.2014

Edition - International - Manuel scolaire - Ebook - Utah


Alors que le marché de l'ebook aux États-Unis est connu comme étant l'un des plus développés du monde, les libraires de l'Utah affirment que les étudiants de l'État préféreraient les manuels traditionnels aux ebooks. Raison du phénomène ? Le Deseret News rapporte que l'aspect « palpable » du  papier, la possibilité d'annoter, le manque de support technologique, ainsi que leurs autonomies vis-à-vis d'internet, seraient  selon eux autant de facteurs en faveur des manuels traditionnels.

 

The future of books

Les manuels numériques encore à la traîne ?

Johan Larsson, CC BY 2.0

 

« Je pense que nous attendons toujours ”le moment iPad” dans l'enseignement supérieur », explique Tom Hirtzel, directeur des ressources académiques de la librairie BYU. L'absence de manuels scolaires numériques dans l'enseignement supérieur serait d'abord due au manque de support technologique pour les héberger. De plus, l'absence de plate-forme où télécharger les manuels dans leur totalité restreint la rapidité de la transition du papier au numérique selon lui.

 

« Lorsque j'ai commencé à travailler ici 15 ans auparavant, c'était ”dans 5 ans tout sera passé en version numérique” — et c'est ce que j'ai entendu pendant 15 ans… or, je n'ai toujours pas l'impression que le manuel sorte des mœurs », explique de son côté Shane directeur associé du Campus Store of University of Utah, ajoutant qu'alors que 10 % de son catalogue est disponible en version numérique, seulement 1 % est vendu de la sorte. 

 

De même, au Salt Lake Community College, ce sont seulement 2 % des ventes de manuel du campus qui sont effectuées sous format numérique — et selon Marianne Gines, cadre de l'université, celles-ci sont loin de satisfaire les étudiants. « À plusieurs reprises, les étudiants sont revenus en disant ”je n'arrive vraiment pas à lire le livre. Je ne peux pas me concentrer. […] Cela me donne mal aux yeux et à la tête. »  En outre, selon elle, le manuel numérique ne permettrait pas réellement de desservir tous les étudiants selon la diversité d'âge : « Je connais une dame de 83 ans qui s'apprête à entrer dans une classe de science de l'informatique, et tous les manuels sont en version numérique. Je ne sais pas comment elle fera. » 

 

Pour autant, la familiarisation progressive avec la lecture numérique et les nouvelles technologies en général pourrait bien changer la donne à tous points de vue. « Je pense que de plus en plus de jeunes étudiants sont familiarisés avec l'ebook au cours de leur cursus dans le secondaire, aussi, cela devrait créer une attente nouvelle à leur arrivée dans le supérieur », admet Tom Hirtzel. Par ailleurs demeurent de nombreux avantages que les libraires concèdent à la tablette et aux manuels numériques. L'aspect pratique notamment, qui permet tout simplement d'alléger les sacs… Un aspect qui serait apprécié des étudiants — mais insuffisant, selon les libraires à faire pencher la balance en faveur du manuel numérique.

 

Il s'agit pourtant là d'un jugement à prendre avec du recul. En effet, la connaissance de ces derniers des outils numériques semble dans certains cas — ainsi que le remarquent certains commentaires — assez partielle, certains pensant que l'inconvénient d'une tablette réside dans le fait qu'il faut systématiquement être connecté à Internet pour lire… De plus, si cela fait maintenant 11 ans que le premier Kindle a été mis en vente, il n'en demeure pas moins que 32 % des étudiants du supérieur ont (déjà) pris goût à l'ebook, si l'on s'en tient aux statistiques du Pew Research Center. Un chiffre que le Deseret News considère comme bas — un jugement assez subjectif, si l'on considère qu'il aura donc fallu à peine 10 ans à la lecture numérique pour devenir naturelle chez plus de 3 étudiants sur 10.

 

Qu'en sera-t-il dans 10 autres années ? Aussi, comme le note un commentaire, « lorsque les manuels verront leur ”moment iPad” arriver, les libraires feraient mieux d'avoir préparé quelque chose pour compenser cette source de revenus. »

 

À suivre.