Les explications du receleur de Shakespeare

Clément Solym - 22.06.2010

Edition - Justice - Shakespeare - escroquerie - Recel


Alors que le procès du receleur d'une première édition de Shakespeare continue, un expert relate la supercherie dont il a été le témoin. Bibliothécaire à la Folger Shalespeare Librairy de Washington, Richard Kuhta rencontre le dénommé Raymond Scott en 2008.

A l'époque, l'homme qui lui remet la précieuse relique à authentifier se donne des airs de riche héritier installé à Cuba. T-shirt surdimensionné arborant un poisson, mocassins, sans chaussettes et joaillerie clinquante aux bras, Scott ne paye pas de mine.

Tout comme son histoire.

Le Cubain d'adoption prétend alors avoir reçu l'original d'amis qui souhaitent le faire expertiser en vue d'une vente aux enchères. La transaction effectuée, le golden boy explique qu'il partagera les recettes avec ses amis. L'alibi est fragile, d'autant qu'il s'agit d'une pièce de collection volée à l'Université de Durham en 1998.

Le bibliothécaire comprend vite qu'il a affaire à un escroc. La façon dont l'homme feuillette les pages en insistant sur la valeur du livre, ne fait pas de doutes pour M. Kuhta. L'homme en sait beaucoup plus qu'il ne le prétend. Comble de l'imposture, l'exemplaire unique daté de 1623 est simplement emballé dans un sac alors qu'il est dépourvu de couverture et qu'il a subi des dégradations au niveau de la reliure.

Scott ne doute de rien et laisse le livre à la bibliothèque qui charge un expert indépendant de tirer l'affaire au clair. Le professionnel fera le rapprochement entre le vol et cette étrange authentification.

« J'ai eu un sentiment de tristesse en pensant que nous négocions un bien volé », explique le bibliothécaire. « Je n'avais jamais vu quelqu'un rentrer dans une bibliothèque et me tendre un original, encore moins une première édition», ajoute-t-il.

Si la récupération de cet opus de Shakespeare est inestimable pour la littérature mondiale, Raymond Scott passe à côté d'une vente frauduleuse évaluée à un million de livres sterling.

Le procès est prévu pour durer quatre semaines.