Les filles lisent mieux que les garçons – ou les tests les favorisent ?

Nicolas Gary - 18.02.2017

Edition - International - filles garçons lecture - tests literatie analyse - comportement lecteurs adolescents


Si aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années, la maturité des filles, à l’école, est souvent mise en avant. Jusqu’à l'adolescence, et ce, dans tous les pays, un tout autre constat semble identique : les filles sont meilleures aux tests de lecture que les garçons. Alors, comment expliquer que cette différence s’estompe finalement, dès l'entrée dans l'adolescence et chez les jeunes adultes ?

 

hair thingy

une fille lisant un livre ?

theilr, CC BY SA 2.0

 

 

Les études internationales comme le PISA ou le PIRLS pointent toutes ce même phénomène : dès l’âge de 10 ans, les filles sont plus efficaces en lecture que les garçons. Et le gouffre se creuse plus encore autour de 15 ans entre les deux groupes. Les tests présentés visent à faire extraire des informations d’un texte littéraire, et invitent les élèves à comparer des éléments, mesurer le langage, etc. Or, les filles ont toujours les meilleurs résultats.

 

Quelque chose de pourri dans les tests

 

Le fait est que ces mêmes tests, opérés chez des 16-24 ans, révèlent que l’écart devient plus mince entre les sexes. Le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) l’a d’ailleurs démontré. Mais comment expliquer que, soudainement, les compétences littéraires s’équilibrent ?

 

Certains chercheurs affirment que la pression exercée sur les filles permettrait d’expliquer ce qui s'est passé durant l'enfance : l’hypothèse est contestable, mais dans tous les cas, elle ne répondrait pas pleinement à la question. D’autant plus que la bascule de l’adolescence poserait de nouvelles interrogations.

 

L’autre piste consisterait alors à chercher du côté des tests : d’une manière ou d’une autre, favorisent-ils les filles ? Des comparaisons effectuées par des chercheurs de Norvège – où les différences sont notables – indiqueraient alors que leur conception même, pour le PIRLS et le PISA, auraient bien cet effet. Le PIAAC, conçu différemment des deux autres, entraîne des résultats différents. Bon sang, mais c’est bien sûr ?

 

Pas si vite, car l’une des caractéristiques communes au PISA et au PIRLS, tient aux textes proposés : descriptifs, narratifs ou explicatifs, ils sont avant tout long. Or, toute la différence résiderait alors dans la capacité de lecture des deux sexes : les filles sont plus à l’aise avec les textes longs, les garçons avec des messages plus brefs (publicité, message promotionnel, etc.).

 

En outre, les garçons auraient plus d’affinité avec les textes de non-fiction – là où les filles semblent plus à l’aise avec des récits fictionnels.

 

Les garçons lisent plus ces dernières années, et voudraient lire plus encore 

 

Ces champs, avec le temps, s’estomperaient, au profit de compétences de lecture plus globales pour chacun des deux sexes ? L’autre point viendrait, toujours dans le PISA et le PIRLS, du principe de QCM proposé, et de réponses ouvertes, là où le PIACC demande avant tout de repérer des termes, des passages.

 

La guerre des sexes

 

Revenons cependant sur la question de la motivation (ou de la pression exercée sur les jeunes filles). Si l’on adopte l’idée que ces dernières soient plus surveillées que les garçons, il faudra rassurer des générations de parents, se sentant soudainement fautifs et coupables. Point du tout. Là encore, les précisions sont importantes.

 

Il est, par exemple, plus difficile d’intéresser un garçon à un texte avec une héroïne, qu’une fille à un texte avec un héros. Le sexe du protagoniste devient une donnée cruciale, ont observé les chercheurs norvégiens. Et nécessairement, les tests devraient alors prendre cet élément en compte.

 

Autre chose : une fille accepterait plus volontiers la gratuité du test, quand un garçon a tendance à demander quel est l’intérêt immédiat pour lui. Sans signification directe pour eux, les garçons se montrent critiques — et cela aurait pour conséquence de détourner l’attention nécessaire pour mener à bien leur examen. Or, pour le PIAAC, une récompense est accordée, pour remercier l’élève de sa participation. Bâton et carotte, une vieille rengaine...

 

La lecture, centrale dans le développement de l'enfance 

 

Les auteures de l'étude, Judith Solheim et Kjersti Lundetræ, du centre de lecture norvégien, rattaché à l’université de Stavanger, concluent : « Nous savons maintenant que les tests de lectures à l’école sont conçus de telle sorte qu’ils affectent positivement les filles. Il faut se demander si le PIAAC reflète alors mieux les compétences de lecture des garçons, ou plus précisément, que le PIRLS ou le PISA. Ou bien, si les tests pour adultes donnent un avatange aux hommes. »

 

L’enjeu ne concerne pas simplement les concepteurs des tests ou les penseurs de la pédagogie : des outils permettant de mieux établir les compétences de lecture des enfants tordraient peut-être le cou à des idées reçues. Et par là même, souvent véhiculées : les garçons n’aiment pas lire. À force d’entendre ce genre de propos, on parvient à s’en convaincre, quand on est un petit garçon ?

 

via phys.org