Les Fondeurs de Briques, de l'édition à risques

Antoine Oury - 18.04.2018

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11 ans depuis la création de la maison d'édition et, à l'Escale du livre, à Bordeaux, la table occupée par Les Fondeurs de Briques est bien remplie. Jean-François Bourdic, ancien libraire parisien, a choisi l'édition par amour des textes et des coups de cœur éditoriaux : la petite équipe, installée en région toulousaine, publie deux à trois textes par an, les yeux fermés, mais à l'écoute de leur intuition.


Escale du Livre 2018 - Bordeaux

Les Fondeurs de Briques à l'Escale du livre (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Après des années de librairie dans la capitale, Jean-François Bourdic choisit de suivre une formation d'un an au sein du Cecofop, un organisme privé aujourd'hui disparu — sa promotion fut la dernière — qui dispensait des cours à Nantes. « C'était de septembre à mai, presque une année complète centrée autour d'une thématique ou d'un pays, pour faire tout le travail d'un éditeur : on choisissait un manuscrit, on trouvait un traducteur ou une traductrice, on faisait la maquette, on allait chez l'imprimeur... Cela apprenait à faire un livre de A à Z, car il était publié. Au mois de mars, on le présentait au Salon du livre de Paris, avant un stage pour finir la formation », se souvient Jean-François Bourdic.

Son stage de fin d'année, il le passe à Arles, au sein du groupe Actes Sud, où il finalise son apprentissage du métier d'éditeur : « J'avais ma formation de libraire, mais cela m'a donné les outils techniques et les démarches nécessaires au métier d'éditeur. Ensuite, l'expérience fait le reste. » Sorti de la formation, l'éditeur crée avec sa compagne, traductrice, et un associé, Les Fondeurs de Briques à Arles, avant de déménager pour la région toulousaine.

Les trois amis s'entendent pour publier des textes français, espagnols ou anglais, deux langues qu'ils peuvent eux-mêmes lire. « Nous avons rapidement développé une collection mexicaine, avec de nombreuses traductions de l'espagnol, et des livres d'Espagne ou d'Amérique latine. » Au fil des parutions se créée une belle collection, essentiellement des textes du XIXe et du XXe, avec Francisco de Quevedo pour une incursion au XVIe siècle, l'âge d'or.

Escale du Livre 2018 - Bordeaux

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



Grâce aux aides combinés du Centre national du livre, de la région et du ministère de la Culture espagnol, Les Fondeurs de Briques se lancent dans le projet délicat d'une traduction d'un cycle de 2200 pages, sur 3 ans : Le Labyrinthe magique, de Max Aub, une imposante fresque historique sur l'Espagne et sa guerre civile.
 

Lomax, Dylan, Carter et la suite


Parce qu'ils n'ont pas « l'esprit de chapelle » et que leurs centres d'intérêt sont épars, les trois associés entament, il y a environ 5 ans, une collection autour de la musique. Avec un coup d'éclat pour commencer : la traduction du livre-somme d'Alan Lomax sur le blues, Le pays où naquit le blues, publié dans les années 1990 aux États-Unis. « Il n'a jamais été traduit, on comprend pourquoi, car il y en a pour un peu plus de 20.000 € de traduction, plus la fabrication du livre et le CD. C'est un gros budget, et aucune maison d'édition n'avait voulu le faire », souligne Jean-François Bourdic.


La traduction du titre promet des difficultés, avec un argot des Noirs du Sud des États-Unis, de nombreux termes techniques et « énormément de verbatim, Lomax tendait souvent son micro pour rapporter l'histoire de ses interlocuteurs ». La rencontre avec Jacques Vassal, journaliste, traducteur et écrivain spécialiste de la musique folk et de la chanson française, survient comme un petit miracle : Vassal voulait lui aussi traduire le livre et se lance donc avec plaisir dans l'aventure.

« Un an et demi plus tard, le livre paraissait. C'était un vrai pari, le budget du livre était supérieur à notre chiffre d'affaires de l'année précédente : pour un business plan d'école de commerce, cela ne passerait pas. Nous avons eu des aides régionales, mais aucune du CNL pour la traduction, ce qui a été une petite déception étant donné l'ampleur du livre. » Le 5e tirage est aujourd'hui disponible sur les tables des librairies, « et pas seulement des librairies spécialisées, car un livre comme celui-ci doit arriver à la Fnac pour atteindre son public », explique Jean-François Bourdic, qui travaille avec les Belles-Lettres pour la diffusion et distribution.

Escale du Livre 2018 - Bordeaux

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



Depuis 2 ou 3 ans, la maison a réduit la voilure des parutions à 2 ou 3 titres par an, moitié moins qu'à l'origine. « Bien sûr, il y a une baisse des aides régionales, mais nous ne voulons surtout pas entrer dans une production à tout prix : nous publions moins en espérant que les libraires feront plus attention aux parutions », explique l'éditeur. Le catalogue des Fondeurs de Briques adopte un fonctionnement en réseau et en écho, où les livres sont liés sans se toucher : « Par exemple, après un bouquin sur une tournée de Bob Dylan signé par Larry “Ratso” Sloman, nous avons publié le livre de Rubin “Hurricane” Carter, car il a inspiré la chanson “Hurricane” à Dylan. Puis un livre sur le Black Power, qui évoque évidemment le livre de Carter. »
 

Composer avec les aides à l'édition


S'en remettre aux coups de cœur ne met pas à l'abri des coups du sort : « Nous sommes accompagnés par le CRL Midi-Pyrénées depuis des années, et désormais par la grande région Occitanie. Il y a des réductions de budget et des délais qui sont ceux de l'administration : la difficulté, c'est qu'il faut déposer un dossier avec tous les éléments d'un livre qui sortira dans 6 mois, et le premier centime que l'on verra, c'est 3 mois après, donc 9 mois après le dépôt du dossier, ce qui engendre bien sûr des difficultés de trésorerie. »

Les soutiens au niveau national ne rattrapent pas vraiment la situation : « Quand le CNL donne 3000 € aux Fondeurs de Briques, c'est un vrai soutien qui est parfois crucial pour nous. Pour une plus grande maison, ces aides sont une goutte d'eau, cela va aider dans l'économie du titre en question, mais dans l'ensemble, cela ne va rien changer pour la société. »

Après plusieurs refus de la part du Centre national du livre, Les Fondeurs de Briques ne déposent plus de dossier, « très longs à constituer ». « Nous travaillons en interne ou avec un traducteur, pour un budget limité. Cela ne va pas dans le bon sens, car nous payons moins le travail de traduction », reconnaît Jean-François Bourdic. « Enfin, un point n'est pas pris en compte dans l'attribution des aides : nous fabriquons nos livres en France, alors que de nombreux ouvrages aidés sont fabriqués en Europe de l'Est, ou plus loin encore. »
 


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