Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les Fourberies d'escarpin : si la culture coûte cher, essayez l'ignorance

Nicolas Gary - 03.07.2013

Edition - Librairies - perles de la librairie - titres de livre - morosité ambiante


La librairie Guivelle a lancé voilà un mois une campagne de communication un peu convenue, mais plutôt amusante : en référence à la citation de Lincoln, qui n'entendait pas sacrifier l'éducation de son peuple, quand bien même celle-ci serait coûteuse, le libraire décline différents ouvrages, avec des titres alternatifs. Le genre de détournement que l'on prendrait volontiers pour des perles de clients étourdis. Ou ignorants.

 

 

 

 

« La Culture coûte cher ? Essyaons l'ignorance... », propose la malicieuse affiche, déclinée par la suite avec humour. Florence Javelle, la libraire, qui a repris l'établissement situé à Lons-le-Saunier (une soixantaine de km au nord de Macon, voulait « apporter un peu de légèreté » face au discours actuel des médias. « Ils ont une présentation désespérée et l'on en avait un peu marre d'entendre parler de la librairie toujours sur ce mode. » La librairie, un métier comme un autre, insiste-t-elle, « qui connaît la crise, qui subit Amazon... Mais nous ne sommes pas au 36e dessous pour autant. Comme tout le monde, on vit un moment qui n'est pas simple ».

 

Alors cette campagne, évidemment, c'est pour détendre l'atmosphère. « Après les rencontres nationales de Lyon, en 2011, on nous avait mis le moral dans les chaussettes. Comme cette année, nous célébrons nos trente ans, nous avons voulu faire parler de la librairie en des termes positifs. »

 

Bien entendu, ces différentes affiches, détournant des titres célèbres, « sont des titres que les clients nous sortent en réclamant un livre. Les Fourberies d'escarpin, c'est la plus courante. Il y a aussi Le Plan comptable du général Foucher, mais c'est plus confidentiel, si l'on n'est pas initié. » Comprendre : les éditions Foucher publient un Plan comptable général... la dérive est alors facile.

 

Depuis 1983, Florence Javelle tient son établissement, « et je suis toujours là » ! Les difficultés du métier, elle les connaît, plaisantant facilement de « ces trente années de lutte contre les éditeurs pour obtenir des remises. C'est la typicité du métier. Certes, nous sommes moins riches que des opticiens, et nous avons un commerce bien particulier. Le plaisir n'est pas forcément celui de gagner de l'argent : j'aime ce que je fais ! »

  

 

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En parallèle de cette campagne, ces 30 ans de librairie s'accompagnent de rencontres originales avec des auteurs dont les livres sont très décalés. Et de citer l'exemple d'Henriette Chardak, dont le dernier livre raconte les relations entre Marguerite de Navarre et Rabelais... parvenant à la conclusion que l'écrivain pourrait tout à fait être le véritable grand-père d'Henri IV (voir Le mystère Rabelais, aux éditions du Rocher).

 

Des rencontres avec le public qui donnent aussi l'occasion de discuter et d'évangéliser. « On ne reproche pas à nos clients d'aller chez Amazon. Moi non plus, je n'achète pas toujours très bien, je profite des supermarchés ou de chaînes de vêtements. Mais cela n'empêche pas de réfléchir à la manière dont nous consommons. » Et à ce titre, Jean-Baptiste Malet, auteur de En Amazonie, sera l'un des prochains invités de l'établissement. 

 

Faire rire, séduire, mais ne pas oublier d'enseigner, on croirait volontiers au retour d'Aristote en librairie.