Les Français et la lecture : "Le goût de la lecture, cela s'apprend"

Nicolas Gary - 17.03.2014

Edition - Société - Vincent Montagne - Vincent Monadé - Les Français et la lecture


C'est une étude dont le président du Centre national du livre garantit qu'elle sera suivie au fil des années, et plus spécifiquement, concernant les jeunes de moins de 15 ans. « Il existe un décrochage de la lecture, dans les classes de 4e et 3e. Certains élèves y reviennent, d'autres pas. » C'est que, ne nous le cachons pas, cette période de l'adolescence rime aussi avec les premiers échanges et les premiers flirts. Il est compréhensible que l'on ait alors d'autres chats à fouetter que de tourner des pages. 

 

 

Vincent Montagne - Vincent Monadé

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Je ne supporte plus le pessimisme ambiant dans lequel on vit », assurera d'ailleurs Vincent Monadé : en regard des autres secteurs, non seulement l'industrie du livre se débrouille bien, mais s'en sort plutôt bien. « Certes l'édition se tasse, mais elle résiste remarquablement. » Les conclusions de l'enquête sont à ce titre « assez réalistes », souligne le président du SNE, Vincent Montagne : découvrir que 19 % des jeunes de moins de 16 ans ont du mal à lire, « cela pose problème ».

 

Et à ce titre, l'un des enjeux sera bel et bien de parvenir à promouvoir la lecture dans les écoles. C'était d'ailleurs l'un des thèmes de la réunion du SNE qui avait été convié à l'Élysée pour un déjeuner de travail. François Hollande avait assuré qu'il partageait, avec le bureau du SNE, « l'idée qu'il faut se battre contre la fracture de la lecture, mais aussi pour mettre des livres dans les mains des enfants, notamment à l'école ».

 

« Investir l'école est essentiel. Le goût de la lecture, cela s'apprend », insiste le président du SNE. Selon lui, les résultats de l'étude « incitent à l'action ». Et pas question de céder à la morosité ambiante : « Les deux faillites retentissantes de librairies [Virgin et Chapitre, NdR] ne reflètent pas la situation réelle du pays. »

 

Christine de Mazières, secrétaire générale du SNE, rappellera que « la lecture reste une activité valorisante » et le livre « est le premier cadeau de Noël ». De quoi redonner confiance, sans pour autant fournir la recette miracle pour que le livre soit un objet ‘cool'. En effet, une étude de la National Litteracy Trust avait démontré que pour 17 % des jeunes britanniques, lire un livre était honteux

 

« Bien entendu, les nombreuses fermetures de librairies au Royaume-Uni n'aident pas à valoriser les livres », nous confiera-t-elle, en marge de la présentation de l'étude. Et de reconnaître que cette tendance observée outre-Atlantique, « est très préoccupante ». 

 

La conclusion de l'étude présentée ce matin ne l'est cependant pas moins : le temps manque pour que les Français lisent, et en dépit de leur profond attachement pour le livre, ils restent très sollicités par de nombreux autres loisirs. Deux éléments primordiaux, vécus comme des freins à la lecture, alors même que le livre recueille 40 % de la confiance des lecteurs, contre 16 % pour la presse quotidienne et la télévision, et 7 % pour les articles lus sur internet. 

 

Si 30 % des Français n'ont lu aucun livre au cours des 12 derniers mois, c'est avant tout, pour 57 % d'entre eux, parce qu'ils n'aiment pas lire, contre 38 %, majoritairement des CSP+, qui n'ont pas le temps. 

 

Reste que 94 % des personnes interrogées considèrent qu'un livre peut marquer profondément, et plus encore, pour 96 % qu'il est « important de lire pour les enfants », et, pour 95 % que les livres sont des sources essentielles d'accès à la connaissance. L'ensemble de l'étude est à retrouver ci-dessous, la synthèse, à cette adresse.