Les Français ont retrouvé le chemin des librairies indépendantes

Nicolas Gary - 09.01.2016

Edition - Librairies - librairies indépendantes - Vincent Montagne - industrie édition


Invité de France Info, le président du SNE est revenu sur les résultats très encourageants de l’industrie du livre pour l’année 2015. Vincent Montagne explique à nos confrères que les Français ont retrouvé le chemin des librairies – les événements dramatiques n'y sont pas étrangers, au contraire. De 2009 à 2014, les chiffres étaient à la baisse, mais en 2014, les grandes librairies ont connu une réelle hausse. Et 2015...

 

Librairie Le Comptoir des Lettres - Paris 13e

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les données s’affinent, et l’on parle désormais, pour 2015, d’une progression des ventes de 1,7 %, avec de surcroît, une croissance de 2,7 % des librairies de centre-ville. Une tendance française plus globale, qui marque aussi le retour aux commerces de proximité. La fréquentation augmente, et les ventes avec elle. 

 

Et le livre numérique ? Sa progression devrait être autour de 25 % en regard de 2014, soit 4 à 5 % des ventes globales. « Ça reste faible. Mais vous voyez qu’aux États-Unis, la vente du livre numérique en valeur stagne, que la chaîne de librairies britanniques Waterstones a arrêté la vente du Kindle... Je pense simplement que le livre numérique prend sa place, il est parfaitement utile, mais il ne remplacera pas cette exposition des livres que permettent les libraires. »

 


Vincent Montagne (SNE) :  "Les Français... par FranceInfo

 

 

Deux précisions restent à apporter : si les ventes d’ebooks aux États-Unis stagnent, il faut encore et toujours apporter une certaine relativité. Aujourd’hui, les données sur l’industrie américaine ne proviennent que des éditeurs membres du syndicat très officiel. Ce dernier représente une part certes considérable, mais sa politique tarifaire globale, pour l’ebook, a provoqué ce ralentissement. 

 

Le mythe de l'ebook qui stagne a la peau dure

 

Or, les observateurs reconnaissent aujourd’hui unanimement que les ventes de livres numériques ne sont plus le seul fait des éditeurs traditionnels, tant s’en faut : l'édition indépendante s'autopublie, et représente des sommes aujourd'hui non négligeables. Gareth Cuddy l’expliquait encore au mois de décembre : l’analyse des 10.000 premiers titres vendus en mai 2015 font ressortir que 27 % ont été publiés par les cinq grands groupes américains. Le tout à un prix moyen de 8,22 $. En revanche, 73 % des autres livres sont proposés pour un coût moyen de 4,58 $. 

 

En comparaison, les ventes de novembre, toujours sur la même base, donnent des indicateurs très nets : 18 % des meilleures ventes appartiennent aux Big Five, pour un tarif moyen de 9,47 $, et le reste des 10.000 best-sellers, soit 82 % des ouvrages, est vendu à 4,57 $ en moyenne. « Il est certain que de nombreux lecteurs se reportent vers les livres moins chers publiés par les auteurs indépendants, qui représentent un fleuve souterrain totalement occulté dans les statistiques de ventes », assurait-il. Aussi faudrait-il mettre un peu d’eau dans ce bon vin.

 

Kindle, FBI de la librairie – Fausse Bonne Idée

 

Quant à l’arrêt de la vente du Kindle par Waterstones, elle découle d’une prise de conscience particulièrement longue à venir. Depuis 2012, les librairies de la chaîne commercialisaient l’appareil de lecture d’Amazon. Travailler avec cette firme était en soi une erreur, tragique même, découlant de ce que Waterstone’s s’était montré incapable fin 2011 de trouver un appareil de lecture à proposer à ses clients. Et pour tenter de ne pas perdre complètement le marché numérique, le partenariat avec Amazon s’était imposé.

 

James Daunt, alors directeur général, avait cherché à justifier son opération de toutes les manières possible, et jurait ne pas « s’être vendu à Amazon ». En effet, il ne s’était pas vendu, mais avait choisi le pire partenaire : Kindle profitait en effet d’une surface d’exposition, tout en collectant les données sur les clients, et leur proposant des recommandations d’ouvrages par la suite, sans avoir le moins besoin du libraire. En somme, Waterstones avait été abusé. 

 

En outre, les commissions étaient dérisoires, et n’auraient certainement pas permis au libraire de profiter des ventes. 

 

Une autre hypothèse tend à considérer l’alliance comme un moindre mal pour Waterstones : plutôt que lutter et tenter de faire dérailler un train lancé à pleine vitesse avec des rondins, mieux vaut se ranger derrière la locomotive... D’autres imaginent que l’expérience de meilleure qualité promise par James Daunt s’incarnera dans des packs livre papier/livre numérique qui pourraient justifier pour les consommateurs le déplacement en librairie, en plus du café que le directeur général a promis depuis un moment dans ses boutiques. (ActuaLitté, mai 2012)

 

 

Moralité, trois ans plus tard, l’échec total était constaté. Notons que tout le monde n’a pas encore mesuré l’inefficacité d’un pareil partenariat, et ce qu’il peut avoir de faussement attractif. En effet, la chaîne de librairie Giunti al Punto, en Italie, s’est lancée dans un accord avec Amazon, pour la vente du Kindle. Les détails n’ont pas été communiqués et le marché italien n’a pas grand-chose de commun avec celui de la France. 

 

Mais on reparlera probablement, d’ici à deux ans, de ce que cette idée était une fausse bonne idée...