Les grandes surfaces dicteront-elles les livres à lire au Québec ?

Nicolas Gary - 11.11.2013

Edition - International - Sauvons les livres - Québec - réglementation du livre


Les professionnels de l'édition québécoise maintiennent leur pression sur le gouvernement, pour obtenir une législation instaurant un prix réglementé. À l'approche du Salon du livre de Montréal, du 20 au 25 novembre, les initiatives se multiplient. Le mouvement Sauvons les livres fait feu de tous bois pour sensibiliser le public. 

 

 

 

 

Francine Bois, commissaire générale du Salon, jointe par téléphone, explique à ActuaLitté que la manifestation n'a toujours pas eu de nouvelles du ministre de la Culture, Maka Kotto, sur une possible intervention. « Le cabinet du ministre ne nous a toujours pas confirmé sa venue », mais on sera tout disposé à l'accueillir. D'ailleurs, à sa manière, le Salon participe au débat : « Nous n'acceptons pas les soldes sur les livres, durant le Salon, afin qu'il n'y ait pas de mauvaise concurrence avec les libraires. » 

 

L'identité nationale passe aussi par les livres

 

La semaine passée, en plus de l'apostrophe au ministre de la Culture, c'est Pauline Marois, premier ministre, qui a été interpellée dans un communiqué diffusé le 5 novembre. La porte-parole du mouvement Sauvons les livres, Élodie Comtois (éditions Ecosociété) : « Le gouvernement de Pauline Marois doit réglementer le prix du livre neuf. La démocratisation de la lecture et l'accès à la culture en dépendent. Si les libraires tombent, les éditeurs périront et les auteurs perdront leur plus efficace moyen de rejoindre les lecteurs. Ces derniers seront les principaux perdants de cet appauvrissement de l'offre et des hausses de prix qui en suivront. »

 

D'un côté, le mouvement parle de la concurrence déloyale des grandes surfaces, pour qui le livre représente un produit d'appel, dont les best-sellers sont largement frappés de rabais. De l'autre, on oppose les librairies qui disposent de 20 à 50.000 références - contre 200 en grande surface. Ce ne sont donc pas ces espaces qui favoriseront la diversité éditoriale. Et de proposer de nouveau, très simplement, que la législation impose un rabais maximal de 10 % durant les neuf premiers mois de commercialisation. 

 

« La guerre de prix favorise les oligopoles qui ont ensuite les coudées franches pour imposer leurs prix et surtout leur choix de livres. Est-ce le Québec que nous voulons ? Une société où des grandes surfaces dictent quels livres nous devrions lire ? », interroge le mouvement. 

 

Également contactée par téléphone, Élodie Comtois nous précise que depuis plusieurs mois « un débat interminable a cours sur l'identité québécoise, avec le prisme religieux ». En interpellant la première ministre, Sauvons les livres rappelle « que la défense de l'identité québécoise passe aussi par le livre ». 

 

Les auteurs montent au front

 

L'Union des écrivaines et écrivains québécois annonce de son côté que des écrivains et des illustrateurs vont porter la revendication en faveur d'une protection du livre et de la diversité de l'offre littéraire sur la place publique. Une dizaine d'auteurs et d'illustrateurs québécois poseront un geste d'éclat le mardi 12 novembre, à 10h00 devant la Grande Bibliothèque située au 475, boulevard De Maisonneuve Est à Montréal. Cette action s'inscrit dans la foulée du die-in des éditeurs et de la journée de deuil observée par une soixantaine de librairies indépendantes à travers le Québec.

 

Enfin, une dernière information vient de tomber : Michel Tremblay, en accord avec son éditeur, les éditions Leméac, a choisi de ne pas vendre son dernier livre Les clefs du Paradise chez Costco. Cette chaîne de pharmacie et parapharmacie propose une sélection de quelques titres avec des rabais qui vont jusqu'à 30 % « Costco ne lutte pas contre l'illettrisme en pratiquant ces remises : ce n'est pas avec un argument financier que l'on lutte contre les difficultés d'apprentissage de la lecture », dénonce Élodie Comtois. 

 

Dans le cas de Michel Tremblay, un accord entre l'éditeur et la chaîne stipule qu'il doit s'écouler un mois avant qu'un livre considéré "grand vendeur" se retrouve sur les étalages du géant américain. Costco a exigé de Leméac que l'ouvrage de Michel Tremblay déroge à cette règle afin qu'il puisse l'avoir en même temps que les librairies conventionnelles. Leméac et Michel Tremblay ont donc refusé de se plier à ces demandes qu'ils jugeaient nocives pour les librairies, "perdant" ainsi 6000 ventes.

 

Le mouvement Sauvons les livres prépare de nouveaux événements, sans s'arrêter au Salon du livre de Montréal. « C'est un effort de pédagogie que nous devons faire, pour expliquer au public combien les librairies sont des lieux essentiels. »