Les guides de voyage Time Out deviennent sans-papiers

Antoine Oury - 11.01.2016

Edition - Les maisons - Time Out guide voyage - édition papier numérique


Fin des voyages pour les éditions physiques des guides de la maison britannique Time Out : créée en 1968, la société enregistre des ventes en baisse dès 2006, et multiplie les suppressions de postes depuis 2012. Cette fois, c'est toute la rédaction des fameux Time Out Guide Books qui paie les pots cassés, alors que les contenus et les usages se sont déplacés vers le Web.

 

Lots of Time Out guides

(Jurriaan Persyn, CC BY-NC 2.0)

 

 

Le premier guide publié par Time Out remonte à 1972, avec un Book of London qui cumulait alors avertissements pour éviter les attrape-touristes et conseils libidineux, et la maison s'était ensuite taillé une solide réputation de dénicheuse de bons plans. Face à la concurrence, Time Out fut l'un des premiers éditeurs à s'intéresser aux lieux de la mode, de la nuit ou du palais dans les différentes villes, des centres d'intérêt vite copiés par la concurrence.

 

En décembre 2015, la maison se séparait de 40 employés aux États-Unis et au Royaume-Uni, soit 10 % de ses effectifs : on soulignait alors le besoin de se centrer sur « une société mondialisée et multimédia », autrement dit centrée sur les contenus web. Time Out revendiquait alors 95 millions de lecteurs, à travers ses publications papier et sur Internet.

 

Le couperet est tombé : « Time Out Group a pris la décision de ne publier aucun nouveau guide Time Out en 2016 », a confirmé un porte-parole, à l'exception des guides prévus consacrés au Cap, San Francisco, Naples et Sydney. La décision a été prise récemment, a priori, puisque vendeurs et distributeurs n'étaient pas au courant de ce virage éditorial. Les derniers résultats supérieurs à 100.000 £ sur l'année remontent à 2011, et les best-sellers de la maison restent ses différents guides consacrés à Londres. Les guides de voyage étaient publiés en partenariat avec Ebury, filiale de Penguin Random House.

 

Time Out conservera toutefois ses magazines, avec plus de 30 éditions, dont Time Out London, Time Out New York et Time Out Hong Kong. La maison revendique une présence dans 107 villes, à travers 39 pays.

 

La « crise » des éditeurs de guide de voyage n'est pas univoque : si Internet a évidemment multiplié la concurrence, il est difficile de constater un changement complet des pratiques. « Les consommateurs attendent un usage pratique de leur compagnon de voyage numérique, plus qu'un simple fac-similé de la version papier : parfois, la meilleure technologie reste l'encre sur le papier », détaille ainsi Georgina Dee, directrice éditoriale de Rough Guides, un des concurrents de Time Out. En effet, difficile de garantir un accès à Internet stable, ou encore une batterie fiable, au cours d'un voyage...

 

Les coûts de production des guides de voyage enregistrent une certaine baisse pour la création des contenus, de plus en plus basés sur la participation des usagers et des lecteurs, mais, a contrario, les coûts d'édition, de design ou de photographie ont augmenté. Lonely Planet, un autre concurrent de Time Out, en a fait les frais dès 2013, avec 80 licenciements, quelques mois après sa vente à perte par BBC Worldwide.

 

En février 2015, Time Out accueillait Noel Penzer, ex-AOL UK, comme directeur général, avec l'objectif de recentrer les activités sur les contenus, la publicité ciblée et la vidéo.

 

 

(via The Bookseller, The Telegraph, The Guardian