Les héritiers de Goebbels accusent Random House de violation du copyright

Antoine Oury - 20.04.2015

Edition - Justice - Joseph Goebbels copyright - Random House - Allemagne


La maison d'édition Random House, filiale allemande, a été prise la main dans le sac en délit d'infraction du droit d'auteur par les ayants droit de Joseph Goebbels. La maison est coupable d'avoir cité des extraits du journal de l'instigateur principal de la solution finale nazie dans une biographie publiée en 2010, sans avoir rémunéré les ayants droit de ce dernier en conséquence. 

 

 

Bundesarchiv Bild 183-1989-0821-502, Joseph Goebbels.jpgJoseph Goebbels, en 1942

(Bundesarchiv, Bild 183-1989-0821-502, CC BY-SA 3.0)

 

 

Le procès ne se déroulera probablement pas à Nuremberg, mais les ayants droit de Joseph Goebbels sont décidés à aller jusqu'au bout de la procédure. En 2010, la division allemande de Random House publiait la biographie Goebbels, signée Peter Longerich, professeur d'histoire moderne de l'Allemagne au sein de l'université Royal Holloway, à Londres.

 

Une traduction anglaise du livre est désormais prévue chez Random House UK, pour le 7 mai prochain. Mais tous les passages tirés du Journal de Goebbels, tenu entre 1923 et 1945, ont été repérés par les ayants droit de celui qui fut ministre du Troisième Reich chargé de l'Éducation du peuple et à la Propagande.

 

Rappelons que le haut responsable nazi s'est suicidé le 1er mai 1945, et que la durée de la propriété intellectuelle couvre donc l'intégralité de ses écrits (19 volumes, publiés par l'Institut d'Histoire contemporaine de Munich) jusqu'à la fin de cette année 2015. Random House aurait tout d'abord accepté de payer les droits d'auteur du Journal pour les passages cités. Avant de se rétracter, après avoir proposé aux ayants droit que les montants soient reversés à des victimes de l'Holocauste.

 

Le conseiller juridique de Random House, Rainer Dresen, a ainsi déclaré au Guardian qu'« [a]ucun paiement ne devrait aller à un criminel de guerre ». Ce qui est une position discutable, d'autant plus que l'édition européenne assure défendre le copyright européen et la rémunération des auteurs depuis plusieurs mois. À moins d'instaurer une exception pour les œuvres rédigées par des fascistes ?

 

Achtung sur les droits

 

Cordula Schacht, avocate qui s'est emparée du dossier, est déterminée : en septembre dernier, elle a obtenu une injonction de la Cour, afin que Random House Germany dévoile les revenus tirés des ventes de cette biographie, pour évaluer le préjudice commercial. Mais l'éditeur a fait appel, et le cas sera examiné à Munich le 23 avril prochain.

 

Ce qui rend le cas un peu plus croustillant, c'est que Cordula Schacht est la fille de Hjalmar Schacht, le ministre de l'Économie d'Adolf Hitler. Mais rien ne suggère qu'elle adhérerait aux opinions de son père décédé.

 

L'auteur Peter Longerich a lui aussi partagé son avis : « Le contrôle des droits pourrait conduire sur une inspection du manuscrit avant publication, qui n'a pas eu lieu dans ce cas. Mais, plus généralement, nous ne pouvons pas donner un tel droit de contrôle à des personnes privées, quelles que soient leurs intentions », assure-t-il. Mais, encore une fois, c'est pourtant le cas dans la recherche, avec l'achat de licences, depuis longtemps.

 

Le seul point sur lequel Random House pourrait obtenir gain de cause est celui de l'identité de l'ayant droit. Initialement publié par l'organisme d'édition d'Hitler lui-même, il n'existe néanmoins plus aucun contrat de publication pour les différents volumes du Journal. D'après le conseiller de Random House, le gouvernement bavarois devrait être l'ayant droit légitime des textes. Toujours d'après lui, Random House a versé 1 % du prix net du livre, pour éviter une injonction de la part des ayants droit, et... un autodafé des biographies dans le commerce.