Random House devra verser des droits d'auteur à la famille Goebbels

Antoine Oury - 10.07.2015

Edition - Justice - Joseph Goebbels - copyright - Random House


Au lendemain de la Foire du Livre de Londres, en avril dernier, l'affaire était malvenue : tandis que l'édition défendait un statu quo pour le copyright européen, et en soulignait toute la pertinence, Random House Germany, filiale de l'un des plus importants groupes d'édition du monde, était visé par une action en justice pour infraction au droit d'auteur. Et pas par n'importe qui, puisqu'il s'agissait des héritiers de Joseph Goebbels, un des artisans du régime nazi.

 

Joseph Goebbels (Bundesarchiv, Bild 183-1989-0821-502/CC-BY-SA)

 

Random House avait publié en 2010 une biographie de l'homme, simplement intitulée Goebbels, et signée par Peter Longerich, professeur d'histoire moderne de l'Allemagne au sein de l'université Royal Holloway, à Londres. Dans l'ouvrage, le professeur citait des passages tirés du Journal de Goebbels, tenu entre 1923 et 1945 par celui qui fut ministre du Troisième Reich, chargé de l'Éducation du peuple et à la Propagande.

 

Or, les droits de propriété intellectuelle sur ces écrits expiraient à la fin de cette année 2015, et Random House aurait dû verser des royalties aux héritiers de Joseph Goebbels. Le conseiller juridique de Random House, Rainer Dresen, expliquait à l'époque qu'« [a]ucun paiement ne devrait aller à un criminel de guerre ». Peut-être un auteur fasciste, mais un auteur quand même, néanmoins.

 

C'est la règle qu'a rappelé un tribunal de Munich, saisi par les héritiers, ce jeudi 9 juillet : la décision souligne également que les droits expirent fin 2015, et donc qu'aucun autre cas « ne seront traités dans le futur ». Visiblement, la justice allemande n'a pas vraiment envie de défendre la famille Goebbels... L'avocate de la famille avait refusé une solution à l'amiable, dans laquelle les royalties auraient été reversées à un organisme de charité.

 

Rainer Dresen, l'avocat de Random House, a évoqué la décision comme symbole d'un triste jour pour l'Allemagne, et a même comparé la décision des juges à l'attitude collaborationniste de certains responsables, durant la Seconde Guerre mondiale. « Ils n'ont eu aucun intérêt pour des questions qui transcendent le droit... J'ai été choqué par l'absence de considérations historiques de la Cour. Ils ont choisi une voie facile », a-t-il déclaré.

 

L'éditeur ne lâche pas l'affaire, et devrait faire appel devant la Cour suprême d'Allemagne.

 

(via The Guardian)


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