Les héroïnes de Hunger Games et Divergente, de futurs modèles ?

Julien Helmlinger - 06.03.2015

Edition - International - Héroïne - Dystopie - Littérature jeunesse


La semaine dernière, la mouture annuelle du rapport What Kids Are Reading nous apprenait que les récits dystopiques et autres anti-héros étaient nombreux au sein des lectures préférées des enfants britanniques. Dans les livres, en catégorie jeunesse comme young adult, les héros ados et féminins ont le vent en poupe. Que ce soit dans les Hunger Games ou dans Divergent, ces héroïnes sont plutôt rebelles et guerrières. Certains se demandent quels effets cette tendance pourrait avoir sur le développement des jeunes lecteurs.

 

 

 

 

Sur le site de The Conversation, la professeure d'éducation Christine Jarvis s'est saisie du dossier. Selon elle, une rapide vérification en librairies, au rayon young adult, confirmerait les tendances observées chez les plus jeunes lecteurs de fiction. Elle estime que désormais les héroïnes ados sont mises en avant par rapport aux personnages mâles, et qu'elles ont changé au fil des ans. Elles seraient courageuses, indépendantes et débrouillardes, mais aussi physiquement, psychiquement ou surnaturellement douées.

 

Si la professeure d'éducation trouve que le registre est relativement récent, en revanche, Christine Jarvis admet que ces récits dystopiques ne sont pas totalement nouveaux en littérature. « Ils conservent des éléments importants d'un genre remarquablement adaptatif, la romance, comme ils l'ont fait avec les genres du surnaturel et de l'horreur, en vogue actuellement », précise-t-elle.

 

Les petits amis de ces héroïnes seraient souvent dangereux ou suspects, énigmatiques et impitoyable, et ces caractéristiques feraient justement partie de leur attrait. Le triangle amoureux serait toujours à la mode dans la littérature jeunesse. Et tout comme les héroïnes qui ne se savent pas belles, ou s'en moquent, mais finissent par se rendre à l'évidence que ce soit via un relooking ou autre prise de conscience. En somme la professeure y voit des histoires classiques, juste transposées dans un environnement apocalyptique.

 

La dystopie, reflet de la société contemporaine

 

Pour Christine Jarvis, cette transposition dystopique veut dire quelque chose. Elle estime que ce que toutes ces histoires partagent, ce serait « un soupçon, à la limite de la paranoïa, quant à l'autorité, la puissance et les organisations d'adultes. Dans ces mondes dystopiques, ce n'est pas seulement le gouvernement qui est cruel et corrompu, mais la résistance est souvent profondément suspecte également. » Elle pense qu'on peut y voir le signe d'une période marquée par la désaffection politique. 

 

Elle pointe le fait que les auteurs de ces dystopies contemporaines vivent dans une période d'austérité combinée avec l'augmentation de la surveillance des masses ainsi que la réduction des droits civils, parfois entrepris au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Avec ce que cela implique d'emprisonnements, piratages et écoutes téléphoniques, tortures, disparitions, récits dont les jeunes entendent parler au fil de l'actualité, en résonance avec les univers décrits en leurs romans.

 

Rappelons qu'en Thaïlande et en Chine, le signe de résistance de Katniss Everdeen, héroïne de Hunger Games, avait été récupéré par les manifestants, contre les gouvernements de leurs pays. Si bien que les autorités avaient fini par interdire le geste.

 

Christine Jarvis constate que les héroïnes actuelles répondent bien souvent à de pareils environnements hostiles à renfort de violence et de débrouillardise, entre individualisme du survivant et combat pour la justice, mais toujours avec un peu de sang sur les mains. « L'attrait de la résistance violente est fort. Mais elles atteignent le respect et l'amour dans le processus. Qu'est-ce que cela peut dire sur les idéologies que cette génération est en train de couver ? Le temps nous le dira... »