Les homos, personæ non gratæ dans la fantasy américaine ?

Clément Solym - 15.09.2011

Edition - Société - homosexuels - americains - fantaisy


Deux auteurs américains ont alerté la presse après que leur agent et leur maison d'édition aient fait pression pour hétérosexualiser une histoire d'amour entre deux homos dans un roman fantastique pour adolescents, Stranger. Yuki ne fait « rien de plus explicite » qu'embrasser son copain, mais c'est déjà trop.

 

Les auteurs, Sherwood Smith et Rachel Manija Brown, ont rendu publique l'affaire en restant dans la même veine dénonciatrice qu'une autre auteure, Jessica Verday, en mars dernier. Il avait été demandé la même chose à Mme Verday lors de la publication de Wicked Pretty Things, une anthologie de littérature adolescente.
 

 


Rachel Brown, en publiant son billet sur un blog de Publishers Weekly, voulait susciter les réactions des autres auteurs, éditeurs, agents et lecteurs dans un espace qui laisse la place à un relatif anonymat, pour ce sujet qui est sensible.

Elle n'a pas été déçue : de nombreux auteurs ont confié que le sujet avait été problématique avec leurs agents. Certains ont pu changer d'agent, comme Nicolas Griffith. D'autres ont du accepter bon gré mal gré la décision de l'éditeur, comme Tracey, auteur de Witch Eyes, qui a vu son livre modifié par l'éditeur sans en être informé.

 

L'écrivaine anglaise Malorie Blackman, auteure d'une série pour adolescents, confia que si l'introduction de personnages homosexuels ne lui avaient pas posé de souci ces dernières années, elle avait du à ses débuts blanchir quelques personnages. Elle se désole : « L'ignorance nourrit la peur. Une bonne manière d'arrêter l'intolérance est de montrer des personnages musulmans ou homosexuels dans nos histoires pour enfants. »

 

Il ne faut cependant pas trop exagérer le problème : il n'y a pas de censure systématique. Plusieurs auteurs racontent qu'ils n'ont jamais eu de souci de ce côté avec leurs agents ni avec leurs maisons d'édition. Alex Khaler, auteur de livres pour adolescents, déclare : « Les choses changent dans le monde de l'édition et au-delà. Je pense que nous avons seulement besoin de maintenir la pression dans le bon sens ».

 

Pour l'agent de Mme Brown, le problème ne serait pas tant son opinion personnelle qu'un problème marketing : il était convaincu qu'une histoire homosexuelle ne passerait pas dans un roman de fantaisy. Cela reste à voir. 

La demande existe sûrement, comme le signale une anonyme : « En tant que mère d'un pré-adolescent noir, ce n'est pas uniquement pour le plaisir que j'essaye de lui trouver des livres qui lui montrent autre chose que des gens blancs, en pleine santé et hétérosexuels. C'est un impératif. » 

Ce que l'on peut comprendre comme un refus de faire intérioriser à l'enfant que ces gens, blancs et hétéros, valent mieux que lui, car seuls eux ont le droit d'être dans des romans.

(Via Le Guardian Image tirée de l'excellent clip Les Boules Roses)