Édition et sexisme : la femme avenir de l'homme, mais pas des auteurs

Clémence Chouvelon - 05.08.2015

Edition - Société - édition - égalité hommes femmes - inspirations littéraires


Lors d'un dépôt de manuscrit, la maison d'édition indépendante irlandaise Tramp Press interroge toujours les auteurs sur leurs influences littéraires. C'est ce qui a donné l'idée à Sarah David-Goff, la cofondatrice de la maison, de s'intéresser de plus près à la question de la parité dans les influences des auteurs. Et le constat est sans appel : seuls 22 % des inspirations littéraires sont féminins. Un « sexisme accidentel » qui montre que l'édition peine à se féminiser. 

 


Virginia Woolf 

 

Grâce à différents rapports sur la question, on sait que les hommes remportent plus de prix littéraires que les femmes - en France, elles sont 24 % à être lauréates, et une étude américaine va également dans ce sens - que l'écart de salaire entre hommes et femmes est de 20 %. Le secteur de l'édition serait-il une histoire d'hommes ? Sarah David-Goff a épluché les influences de ses auteurs : en interrogeant les lettres accompagnant les cent derniers manuscrits déposés, 33 seulement des 148 influences citées étaient des femmes, soit 22 %. 

 

« J'ai lu les unes après les autres ces lettres d'auteurs, de charmantes personnes qui listaient les auteurs qu'ils admiraient, sans se rendre compte que les écrivains cités étaient tous du même sexe », explique-t-elle, « si un auteur liste deux de ses influences et qu'elles sont masculines, c'est normal. Elles ne sont jamais toutes les deux féminines. Cependant, liste après liste de cinq, sept ou dix inspirations masculines, cela devient dérangeant. Cela met le doigt sur l'un des plus grands problèmes de notre industrie : notre habituelle indifférence aux points de vue, expériences et oeuvres, brillantes, des femmes. » 

 

David-Goff a utilisé pour mener l'enquête un échantillon de 100 personnes, 40 % de femmes, et 60 % d'hommes. « En totalisant les chiffres, je me suis rendu compte qu'ils étaient bien pires que ce que j'avais imaginé, ce qui m'a vraiment donné envie d'écrire sur le problème. Ce n'est pas de la méchanceté, mais un sexisme accidentel reste du sexisme. »

 

Pour Tramp Press, « la question, n'est pas “pourquoi n'y a-t-il pas plus de bons écrivains féminins ?”, car clairement, il y en a beaucoup. La vraie question est “pourquoi sont-elles si souvent mises à l'écart ?” »

 

(via The Guardian