Les intellectuels chinois doivent-ils plus s'engager ?

Xavier S. Thomann - 07.02.2013

Edition - International - Yan Lianke - Mo Yan - Chine


Loin de nous l'idée de critiquer les écrivains et intellectuels chinois sur la question de leur engagement politique vis-à-vis du régime en place. Pourtant, des personnes comme Mo Yan se voient reprocher leur manque de vigueur pour critiquer le Parti et son emprise sur la vie politique et culturelle. Le dernier Nobel avait été quelque peu éreinté par d'autres écrivains l'année dernière pour cette raison. Et en Chine aussi, on voit que certains aimeraient que les intellos prennent la parole plus ouvertement. 

 

 

Ciudad Prohibida, Pekín

danielduce, CC BY 2.0

 

 

Yan Lianke estime que les intellectuels de l'Empire du Milieu ne font pas leur travail de critiques de la société. Parmi ces intellectuels, il range Mo Yan, se rapprochant ainsi de la position d'Herta Müller qui n'avait pas hésité à tomber sur le manque d'engagement du Nobel. 

 

Il admet néanmoins que Mo Yan est un auteur plus malin, dans Global Times. « Il traite mieux les sujets réalistes que moi étant donné la situation actuelle dans le monde de l'édition. » Il se définit comme étant plus « maladroit. » 

 

Il est bien sûr plus intéressant d'avoir l'avis d'un compatriote de Mo. Il dit très clairement à nos confrères du Guardian: « En tant qu'intellectuel je ne pense pas que Mo Yan ait fait suffisamment de choses. » Il ajoute, de manière plus générale : « Les intellectuels chinois ne prennent pas la mesure de leurs responsabilités. Ils trouvent toujours une excuse. »

 

Il pense que si l'ensemble des intellectuels s'engageait un peu plus, leur voix commune pourrait faire la différence. À son propre niveau, il contribue à la critique du régime avec des travaux dans la veine de la satire. Il a connu la censure, les difficultés à trouver un éditeur, tout en admettant qu'il s'était lui aussi autocensuré. Il faut en effet accepter à regret l'autocensure pour voir son travail publié. 

 

Par ailleurs, l'auteur connaît plutôt bien les coulisses du pouvoir : il a été auteur dans l'armée pendant 26 ans, jusqu'en 2004. Ce qui ne l'a pas empêché de faire la satire de cette institution redoutable, dans le court roman Servir le peuple. 

 

Enfin, il estime que le Nobel de Mo Yan ne va pas forcément pousser la littérature chinoise sur la scène mondiale. La qualité dit être au rendez-vous, selon lui. Or, cette qualité passe par une plus grande liberté, qu'une autocensure ne peut garantir. Et lui-même d'expliquer qu'il n'est pas assez engagé : « en tant qu'auteur j'aurais dû prendre davantage de responsabilités et je ne l'ai pas fait. »