Les 'Intentions malicieuses' de Naulleau condamnées

Clément Solym - 08.11.2010

Edition - Justice - tribunal - condamner - Naulleau


Ouh qu'il était calme, le sieur Naulleau d'ordinaire si velléitaire et prompt à fracasser tout objet livresque qui passe à sa portée. C'est vrai que face à Natascha Kampusch, il semble malvenu de faire le fanfaron. À une question « paradoxale » près, mais soit.

C'est aussi que le chroniqueur avait eu à répondre de quelques problèmes juridiques et s'était fait condamner par la cour d'appel de Paris, dans le cadre de la société L'esprit des Péninsules, créée en 1993. À l'époque, Naulleau s'associe avec Rodrigo de Zayas, qui lui prête la somme de 2,5 millions de francs pour la création de la société d'édition. À travers, elle Naulleau, devenu gérant et éditeur, publiera 200 ouvrages environ.

Parmi eux, quelques bonnes parutions*, mais en dépit des multiples prestations de Naulleau dans l'etablishment, la maison n'a pas su tenir la route. Faillite puis redressement judiciaire, en 2007... Ça va de mal en pis pour l'Esprit. Pourtant, en 2003, Naulleau dépose la marque, sur les conseils, dit-il, d'un ami, qui lui fait prendre conscience que n'importe qui pourrait s'en emparer.

Sauf que ce dépôt de marque se fait sans consulter son associé dans l'entreprise. C'est-à-dire, celui qui avait injecté l'argent dans le projet, et qui se retrouvait exclu de la propriété de la maison d'édition. En effet, sur les documents de la propriété, seul Naulleau était mentionné. « Régulièrement, Éric Naulleau demandait à Rodrigo de Zayas de verser de nouvelles sommes en lui assurant que l’entreprise allait cartonner. En réalité, Naulleau s’est payé avec cet argent et a détourné l’actif principal de la société : la marque. Cela relève de l’escroquerie civile », explique Me Gilles Moussafir, avocat du liquidateur judiciaire, dans le JDD.

Et là où Naulleau plaidait l'urgence du dépôt de marque, les juges auront plutôt estimé que la démarche « n’était pas innocente et que ses intentions étaient malicieuses ». Réponse de l'intéressé, faisant manifestement fi des injections d'argent de son associé : « Cette marque me tient à cœur, c’est mon côté sentimental, je vis avec elle depuis dix-sept ans et je considère qu’elle m’appartient. »

Chose amusante, Naulleau travaille aujourd'hui avec Jean-Claude Gaséwitch, qui a repris l'Esprit, depuis trois ans. Et justement, l'un de ses livres était présenté sur le plateau de Ruquier, 18 mois chrono de Marie-Noelle Lienemann.

18 mois ? La période à attendre avant la cassation, où Naulleau a décidé de se rendre ?


* Signalons en effetLe Messager de Eric Bénier-Bürckel, un ouvrage entre Lautréamont, Beckett et la Chute de Camus... Si, si.