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Les "J'accuse" d'Alexandre Jardin : “Le viol légal, ça suffit.”

Cécile Mazin - 06.02.2017

Edition - Société - présidentielle Alexandre Jardin - parrainage maires France - viol démocratie accusation


« J’accuse tous les partis politiques en place de s’être mis d’accord pour verrouiller l’élection présidentielle », a lancé l’écrivain et cinéaste Alexandre Jardin. Et d’ajouter : « Je les accuse d’avoir sciemment modifié la loi avant l’été pour obliger, désormais, chaque élu local à rendre public son parrainage afin de pouvoir exercer des représailles sur eux» La République tremble.

 

 

 

Le mouvement Les Citoyens, découlant des différents engagements politiques d’Alexandre Jardin, frappe fort. Depuis quelques semaines, l’auteur invite à une mobilisation globale, pour obtenir les 500 parrainages qui permettront de se présenter à l’élection présidentielle.

 

Fin décembre, une première salve était déclenchée : « Je ne fais pas des petits déjeuners avec la finance de Londres et de Paris pour avoir des chèques de 7500 € ou en payant des gens pour le faire. Je dis simplement que nous devons être acteurs. »

 

Mais depuis, la situation ne semble pas se débloquer. Et à la manière d’un Émile Zola, Alexandre Jardin met en accusation différentes strates politiques : les présidents des communautés de commune, d’agglomération et de métropole, qui se font « complices et leurs hommes de main pour répercuter ce chantage sur tous les maires ».

 

L’enjeu est bien celui pointé par Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux de France. Dans un communiqué, ce dernier dénonçait l’intérêt soudain des candidats nationaux. « Les 36.000 maires de France administrent tous les jours la vie de nos concitoyens, souvent dans des conditions difficiles et travaillent au développement de 70 % du territoire français. »

 

Menaces et chantages ?

 

Or, pour obtenir l’accès à la candidature, les femmes et hommes engagés doivent recueillir ces 500 signatures de maires. Et le président de l’AMRF de souligner que le principe des parrainages entraînerait un « chantage aux subventions futures ». Des pressions qui s’exercent sur les uns et les autres, pour obtenir leur signature, sous la menace. 

 

Insupportable, pour Alexandre Jardin, qui s’indigne : « J'accuse en conséquence tous les responsables politiques, gouvernementaux et non gouvernementaux, de vouloir capturer à leur profit notre système démocratique, je les accuse tous de s’être servi de la démocratie pour la violer et se servir. Le viol légal, ça suffit. »

 

Il invite tout un chacun à ouvrir les yeux : « Arrêtons de croire en la politique déconnectée de l’action de terrain concrète, des gens. Arrêtons aussi de croire qu’on peut agir à notre place. Il est maintenant temps d’exister et de nous défaire réellement de cette croyance. » Et de rejoindre son mouvement, bien entendu.

 

Alexandre Jardin candidat à la présidentielle : “Le pays est dans la merde” 

 

Auprès de l’AFP, le prix Femina 1988 insiste : la loi actuelle, impliquant l’obtention des signatures, est confiscatoire, parce qu’elle « a enlevé de fait la possibilité d’émerger hors parti ». Et sans toutefois fournir des chiffres, il assure que dans son cas, les choses avancent.

 

« D’évidence, les maires m’appuient, car ils savent que je veux travailler avec eux et défendre les territoires [... mais] un grand nombre a peur du système, c’est palpable », ajoute-t-il. Son prochain ouvrage, publié aux éditions Robert Laffont, Révoltons-nous !, sera le cri de guerre supplémentaire, à une quarantaine de jours de la date fatidique.

 

 

La grande modification apportée au système de parrainage, depuis 2012, est que la liste des élus signataires sera rendue publique. Ils sont aujourd’hui près de 42.000 à pouvoir accorder leur parrainage, avant le 17 mars.