Les jeunes auteurs face au Nouveau Monde, ou le crépuscule éditorial

Colette Vlérick - 29.10.2013

Edition - Société - auteurs - vieillissement de la population - publication numérique


Dimanche 28 octobre, je signais mes livres au Salon du livre de Carhaix, sur le stand des libraires. J'ai regardé autour de moi. Voisines sympathiques, des copains et des copines sur ce stand ou sur d'autres. Et j'ai vu ce que j'avais déjà remarqué chez mon éditeur, ou chez d'autres. Nous étions entre vieux ! Moyenne d'âge du stand : la soixantaine.

  

 

Le crépuscule éditorial ?

 

 

Les autres auteurs, les éditeurs, les libraires même : pas nombreux sous la barre des trente ans. Que dis-je ! Trente-cinq si pas quarante ans. Et tous les sympathiques visiteurs qui déambulaient dans les allées, s'arrêtaient, repartaient, achetaient, n'achetaient pas, souriaient ou pas… Pas très gamin non plus, le public !

 

Où sont les jeunes ? Dans la collection où je publie le plus, moyenne d'âge des auteurs : la cinquantaine, si pas plus. Dans les équipes éditoriales : on dépasse la quarantaine. Et il y a de moins en moins de monde. Des stagiaires plus ou moins payés, oui. De  nouveaux salariés jeunes et compétents ? Où sont-ils ?

 

La conclusion est claire : l'édition de papa, c'est fini. Bien ou mal, peu importe : le combat s'arrête faute de combattants. L'édition française avait déjà raté le virage du numérique - ce n'est pas le funeste dispositif reLIRE qui va la sauver - et elle a visiblement raté le renouvellement de ses troupes. Faut-il leur expliquer que nous sommes au XXIe siècle et que le monde bascule ? Que le numérique, l'informatique, internet, les ordinateurs, ce ne sont pas seulement des outils - auxquels ils ne comprennent pas grand-chose - mais un changement d'univers ?

 

 

"On sait comment se passer d'eux : trouver la petite maison d'édition qui aime ce qu'ils font. On ne gagnera pas beaucoup d'argent, mais on écrit pour le plaisir. Un peu d'argent ? Un bonus, c'est tout."

 

 

Comme je ne fréquente pas que les salons du livre traditionnel, je vois aussi que les jeunes auteurs n'ont même pas besoin qu'on leur parle du Nouveau Monde : ils le vivent. C'est leur univers et cela ne leur pose pas de problème. Les éditeurs traditionnels chipotent sur leurs manuscrits ? Ils critiquent leur style, leur vocabulaire, leur argot, leur façon de raconter ? Ils ne comprennent pas l'univers dans lequel naviguent les personnages ? Pas grave : on sait comment se passer d'eux : trouver la petite maison d'édition qui aime ce qu'ils font. On ne gagnera pas beaucoup d'argent, mais on écrit pour le plaisir. Un peu d'argent ? Un bonus, c'est tout.

 

Ou bien on se prend en main, on s'auto-édite sur le web, on crée le blog qui va avec, et va petit mousse !

 

Au passage, en tant qu'auto-éditeur, on ne sera pas taxé comme auteur. L'auto-édition, c'est une autre case fiscale. Sécurité sociale ? Retraite ? Tous ces organismes qui tondent les auteurs actuellement, et ces caisses santé ou retraite qu'il faut alimenter… Là aussi, les rentrées vont se tarir faute de cotisants et de cotisations suffisantes pour maintenir le système. Ils ont souvent un métier, les jeunes auteurs ! Ils gagnent leur vie et n'ont pas besoin de leurs droits d'auteur pour faire les courses. Le plaisir d'écrire n'a pas de prix.

 

Ne pas dépendre d'un éditeur pour vivre rend plus facile de dire non aux pourcentages abusivement bas, aux comptes annuels non rendus, aux traficotages sur le nombre d'exemplaires pris en compte, aux couvertures ringardes qui tuent le livre. Et, même en travaillant avec le monstre Amazon, avec Lulu ou autre, on gagne plus par exemplaire vendu ! 

 

De plus, d'autres solutions innovantes s'annoncent. D'autres systèmes de distribution. D'autres systèmes de répartition de l'argent. D'autres modes de relations, y compris avec les lecteurs.

 

Oui, je crois bien que beaucoup d'éditeurs traditionnels vont disparaître plus vite qu'ils ne l'imaginent.