Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les journalistes incompétents que fuyait Harper Lee

Antoine Oury - 27.03.2014

Edition - International - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee - réclusion


C'est un fait connu : après la publication de son premier et unique roman disponible, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, en 1960, l'auteure Harper Lee a rejoint la liste des écrivains reclus, refusant apparitions publiques et entretiens. Deux lettres de l'auteure, rédigées en 1990 et 2005, seront bientôt vendues aux enchères, et l'une d'entre elles explique en partie cette misanthropie.

 


To Kill a Mockingbird 4

Kristin, CC BY 2.0

 

 

La première lettre, envoyée en novembre 1990, est adressée à son amie Doris Leapard, et revient sur un dîner commun au cours duquel l'auteure semble avoir été prise d'une crise de fou rire face à son hôte, obligée de créer de toutes pièces une histoire justifiant cette hilarité. Cette première missive est estimée à 2.500 $.

 

La seconde lettre attire un peu plus l'attention : adressée au Dr Engelhardt, elle révèle quelques éléments du quotidien de l'auteure, qui réside toujours dans sa ville natale Monroeville, et qui doit composer avec « son industrie du tourisme Harper Lee ». « Vous pensez que ma maison est mon château ? Non, monsieur ! »

 

L'auteure a, plus récemment, concrétisé cet agacement vis-à-vis du battage fait autour de son oeuvre, en attaquant le Monroe County Heritage Museum pour exploitation de son nom et de son oeuvre sans lui verser des royalties en retour. L'auteure révèle également le pourquoi de son refus d'accorder des interviews, alors que tout journal américain serait prêt à vendre mère et reste de la famille pour l'obtenir.

 

« Je ne donne pas d'interviews, tout simplement, parce que poser des questions pertinentes demande un grand talent, que très peu de personnes dans les médias possèdent », explique l'auteure au Dr Engelhardt. Elle précise également à son correspondant que « [l]a dégénérescence maculaire s'est emparée de moi comme des preneurs d'otages, et je ne peux même plus vernir mes ongles, encore moins lire. J'espère que vous pourrait lire ceci, malgré tout ». Cette lettre est elle aussi estimée autour de 2.500 $.

 

À cette vente s'ajoute une missive de Jonathan Swift datant de 1732, adressée au Duc de Dorset, Lionel Sackville, et estimée à 10.000 $. Les documents seront vendus le 27 mars prochain, par la maison Nate D Sanders.

 

(via The Guardian)