Les lecteurs-correcteurs devant le SNE pour défendre leur métier et leurs droits

Nicolas Gary - 09.01.2018

Edition - Economie - travailleurs domicile emploi - correcteurs précaires édition - livre lecture correction


Ce 9 janvier, les correcteurs avaient donné rendez-vous devant les bureaux du Syndicat national de l’édition. Une manifestation gentiment encadrée par les forces de police — mais c’est connu, « les correcteurs, ça fait peur ». Le rassemblement intervient alors que les organisations salariales reprenaient les négociations avec le SNE.


Manifestation des lecteurs correcteurs à Paris
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Voilà maintenant plus de dix ans que l'annexe IV, texte réglementant le travail à domicile dans l’édition, « qui n’aura jamais été appliqué ou fort mal », assure le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT (SGLCE-CGT), a été signée. Ainsi, les travailleurs à domicile (TAD) restent particulièrement déconsidérés dans le secteur du livre. 

 

La liste des revendications et récriminations est connue, mais la rappeler ne fera aucun mal : lutte contre le paiement en droits d’auteur ; bataille pour faire reconnaître que le supplément mensuel de 8,33 % n’a rien à voir avec le 13e mois et que ce dernier est dû aux TAD si les salariés sur site en bénéficient ; bataille pour que les frais d’atelier ne soient pas intégrés au taux horaire, etc.

 

Le SNE a cependant accepté de revisiter cette annexe, pour que le statut des TAD soit revu et clarifié, en vertu de différents éléments : suivi de la rémunération/clause d’évaluation du niveau d’activité prévisible/maintien du salaire en cas de maladie/prévoyance, mutuelle/formation/ancienneté, indemnités de licenciement. En somme, « que les TAD soient, enfin, traités comme des salariés à part entière et, surtout, qu’ils soient déprécarisés », insiste le syndicat.

 

Si les organisations syndicales de salariés estiment que les TAD sont des salariés comme les autres, et souhaitent donc que leur soit appliquée la convention collective de l'édition, le Syndicat national de l'édition, de son côté, considère plutôt que les travailleurs à domicile constituent une catégorie objectivement différente des salariés sur site, considérant le fait qu’ils peuvent avoir plusieurs employeurs. De la même manière, la revendication des lecteurs correcteurs pour un volume de travail minimal garanti ne tient pas, pour l'organisation patronale : « Si la maison d’édition X ne leur fournit plus de travail, les TAD peuvent se tourner vers la maison Y ou la maison Z, ce n’est pas plus compliqué que ça », nous résume un proche du dossier.

 

Et la CGT de rappeler que « quelques retentissantes décisions de justice persuadent toutefois le SNE de la nécessité d’encadrer le volume de travail donné aux TAD ». Organisations et SNE s’accordent sur cette nécessité d’un encadrement qui passerait par l’instauration d’un contrat de travail écrit comportant une clause d’évaluation du niveau d’activité prévisible — clause à réexaminer chaque année. L’idée se retrouvait dans l’accord du 25 septembre 2006, mais la roue est toujours à réinventer.

 

Cependant, le SNE souhaite un seuil de flexibilité de 35 % sans compensation nancière ; les OS accepteraient un seuil de flexibilité de 15 %, avec compensation financière dès la première heure perdue. 
 

Manifestation des lecteurs correcteurs à Paris
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Minutieux, mais surtout ne pas trop se faire remarquer


La manifestation de ce jour visait plus à « rappeler à l’édition que nous resterons vigilants, et mobilisés, sur toutes ces questions », précise un membre du collectif Correcteurs précaires, qui avait été rejoint par les organisations syndicales. « Les discussions peuvent reprendre, mais nous devons montrer que notre volonté est forte sur ces questions. »

 

Une jeune correctrice nous raconte : « Je n’ai qu’une petite expérience, sur de beaux livres, du fait que j’ai commencé récemment ce travail. Mais j’étais très étonnée de n’avoir ni consigne ni sens pour la correction : quelle marge pour la réécriture, quelles orientations? Mon unique moyen aujourd’hui pour savoir ce que l’on a retenu de mon travail — un mois et demi, et payée de quoi vivre deux semaines et demie — c’est de reprendre tout le livre, maintenant qu’il est paru. »

 

“Nous, coursiers de la langue française, dénonçons
l'ubérisation de l'édition”

 

De quoi « faire pleurer, parce que j’adore ce travail », mais il est clairement « impossible d’en vivre, à moins d’avaler de la correction au kilomètre, et par conséquent, on ne fait pas bien son boulot ». Difficile à supporter, justement quand le travail repose sur la vigilance et la minutie... 

 

« Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’aller en profondeur dans le texte », précise une autre correctrice, bien plus expérimentée. « Un travail de surface suffit : un accent grave, un accent aigu... Si l’on devient tatillon, on est classé correcteur chiant, et dans ce cas, on travaille moins. Il vaut mieux avoir beaucoup d’humour : les correcteurs ne sont pas des gens bien aimés. » Maniaque, mais point trop. 

« Les maisons sont plus ou moins attentives. Certaines très peu, d’autres bien plus tatillonnes; et puis, il y a celles qui demandent une réécriture complète du livre, pour le coût d’une relecture du manuscrit. Oui, payé pareil! »

 


 

À leurs côtés se retrouvaient plusieurs représentants de la France Insoumise, scandalisés : « La lecture et l’écriture sont des enjeux fondamentaux pour nous et les affaires de l’esprit passent avant l’esprit des affaires : dans le milieu de la culture, il est d’autant plus malsain d’assister à de telles petitesses. Correcteurs, c’est un vrai métier, et l’exigence qu’il implique est incompatible avec des logiques marchandes qui prévaudraient. Pour la littérature, pour la langue française, il est fondamental : en précarisant les travailleurs, poussés vers le statut d’autoentrepreneurs, on n’aide ni la création ni la culture. C’est creuser le lit du tout marchandise. »

 

Et d’ajouter : « L’édition est engagée depuis pas mal de temps dans une rationalisation et une mutualisation tant des services que des coûts. La marginalisation des correcteurs en est l’un des symptômes — et pas le seul d’ailleurs. Contre cette logique de concentration du capital et de cette tentative de rogner sur les différentes ressources, on doit opposer une vision plus humaine. Raison pour laquelle La France insoumise s’associe pleinement à cette manifestation. »


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