Les lecteurs-correcteurs se font corriger par l'édition française

Antoine Oury - 13.01.2015

Edition - Les maisons - lecteurs correcteurs - conditions de travail - jugement prud'hommes appel


Il n'y a pas que le stagiaire de BFM-TV qui galère : alors que les réseaux sociaux ont remis en lumière les grosses co(q)uilles et autres erreurs grossières, ce métier indispensable de l'édition qu'est le lecteur-correcteur semble plus menacé que jamais. Représailles envers les salariés, absence de formation, réduction du temps de travail et de la rémunération... De nombreux éléments sont dénoncés par la profession, dans des actions judiciaires longues et peu gratifiantes.

 


Palais de Justice de Paris

Le Palais de Justice de Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La dernière audience opposant des lecteurs-correcteurs à un éditeur remonte au mois de décembre dernier. Les litiges sont donc courants, et Harlequin retrouvait aujourd'hui quelques-uns de ses anciens lecteurs-correcteurs au Palais de Justice de Paris, pour un appel suite à une décision du Conseil de prud'hommes de Paris.

 

Dans cette affaire, 5 lecteurs-correcteurs contestaient les conditions de rémunération de leur employeur, et le traitement différencié qui était réservé aux travailleurs à domicile. Les prud'hommes les avaient déboutés de leurs demandes, tout comme un de leur collègue en mai 2014, face à Gallimard. D'après le syndicat des correcteurs, qui soutient les salariés — ou plutôt ex-salariés —, les décisions du conseil des prud'hommes ne leur seront plus favorables.

 

Seul le Livre de Poche avait été condamné par les prud'hommes, parce que la maison avait licencié un correcteur pour dénigrement de la maison Harlequin, qui fait partie du même groupe, Hachette Livre. La maison d'édition a fait appel de la décision.

 

Mais, du côté des conditions de travail et de la rémunération, la situation est déplorable, constate le syndicat. La précarisation a conduit les lecteurs-correcteurs à accepter des rémunérations forfaitaires, des piges ou encore à devenir autoentrepreneur : « Pas de chômage, faible cotisation retraite, et pas de cotisation patronale... Et puisque les lecteurs-correcteurs sont réputés être en CDI, il n'est pas possible de demander des indemnités auprès de Pôle Emploi », note le syndicat.

 

En effet, dans la convention collective de l'édition du 14 janvier 2000, qui « règle les rapports entre les maisons d'édition qui ont leur siège en France et les salariés titulaires de contrats à durée indéterminée ou déterminée », les correcteurs et travailleurs à domicile sont cités, et donc considérés comme des employés.

 

Tout le contraire se produit avec la mise en place de forfait : la charge de travail n'est pas répartie, les heures supplémentaires ne sont pas réglées, et la rémunération ne s'effectue jamais à temps plein. Le droit à la formation est également bafoué, selon le syndicat, et particulièrement vis-à-vis des travailleurs à domicile. Travailler à domicile a toujours été une étape pour les lecteurs-correcteurs, mais seulement une étape, avant le travail sur site.

 

Finalement, l'activité de lecteur-correcteur s'éloigne de plus en plus d'un statut de métier avec la limitation de l'activité par les éditeurs : auparavant chargés de relever des étrangetés de style ou de rédiger une fiche de lecture, les lecteurs correcteurs ne sont finalement plus que correcteurs. Me Rodolphe Olivier, une des personnalités du barreau dans le monde de l'édition, défendait aujourd'hui Harlequin, en soulignant notamment que seuls 5 lecteurs-correcteurs étaient au Palais de Justice. « C'est l'effet du petit milieu : si les salariés réagissent, ils savent qu'il leur sera impossible de retrouver un travail » déplorent les syndiqués.

 

Sur les bancs des anciens salariés de Harlequin, beaucoup de retraités, qui vont aller au bout de la procédure rendue plus délicate suite à une restriction du délai de prescription à deux ans pour une action portant sur l'exécution ou la rupture du contrat de travail, depuis l'année dernière. « Nous allons assister à une vraie rupture entre deux générations de lecteurs-correcteurs, avec une perte qualitative. Et la perte du langage est aussi la perte de la pensée. » 

 

Me Rodolphe Olivier n'a pas souhaité s'exprimer auprès de ActuaLitté.

 

Retrouver notre direct de l'audience à cette adresse.