Les lecteurs et le livre numérique en France : les usages progressent

Nicolas Gary - 19.03.2015

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En France, il est devenu traditionnel de dire que le livre numérique ne décolle pas. On perçoit bien qu'il existe un certain enthousiasme, mais il est difficile de convaincre, quand les tarifs de vente sont aussi rebutants. Pour la 5e année, le Baromètre SOFIA/SNE/SGDL présente les usages en vigueur, constatés à travers une enquête OpinionWay. Dans le cadre des 14es Assises du numérique, auteurs et éditeurs font le point.

 

 

Evolution of Readers

John Blyberg, CC BY 2.0 

 

 

Pour cette nouvelle étude, les chiffres sont dans le vert : 18 % de la population a lu un livre numérique, une tendance qui s'accorde avec le taux d'équipement constaté en tablettes et « dans une moindre mesure, en liseuses ». De même, le constat est posé : les smartphones sont devenus des appareils de lectures, avec 27 % des lecteurs qui s'en servent pour lire. 

 

Cependant, les lecteurs passés au numérique restent multisupports : 62 % ont lu un ouvrage papier au cours du mois passé, et ils se servent, à 39 %, des tablettes, 36 %, d'ordinateurs portables et 24 % de liseuses. Enfin, ils achètent plus de livres... numériques. « Ils sont 20 % (+2 points) à déclarer acheter en moyenne plus de 4 livres numériques par an. La majorité des lecteurs de livres numériques estime que, dans les années à venir, son usage des livres numériques va rester stable. »

 

Il est certain que les éditeurs 100 % numérique doivent sourire en lisant cela. De même que considérer que les ventes de tablettes n'ont pas fait exploser les ventes de livres numériques, ce que peu d'acteurs souhaitent en définitive, prêtera à rire, plutôt. Il faudrait, à ce titre, parvenir à mesurer l'impact d'une opération comme celle menée récemment par Amazon, qui a proposé son lecteur ebook Kindle à 39 € : avec un appareil dédié à la lecture, quelles sont les répercussions pour le marché ? Les tablettes ne sont en effet jamais vraiment reconnues comme des appareils de lecture – et moins encore, à titre exclusif.

 

 

 

Les trois organisations constatent donc que les pratiques des Français « augmentent doucement sans commune mesure avec le taux d'équipement des Français en constante progression ». Le numérique serait complémentaire du papier. En 2015, et depuis qu'ils lisent des livres numériques, les lecteurs numériques sont 62 % à estimer lire autant, 64 % à acheter autant et 64 % à dépenser autant pour des livres, qu'ils soient numériques ou imprimés.

 

Ce que l'étude ne peut pas indiquer, c'est que les ventes numériques, pour la fiction en France, sont bel et bien en augmentation. Chez certains éditeurs, pour les nouveautés, on est passé de 10 à 15 % des ventes en numérique. Chez Harlequin, par exemple, un tiers des ventes est aujourd'hui opéré en ebook. Si l'on enlève le pratique et l'illustré, qui restent très minoritaires, le développement des ventes semble, en pratique, toujours plus avancé que ce que les sondages veulent bien révéler. 

 

L'étude pointe par ailleurs que 26 % des sites de grandes surfaces servent à la vente de livres numériques, contre 38 % pour les sites d'opérateurs web, et 22 % pour le store du lecteur ebook. « 16 % des lecteurs de livres numériques choisissent des sites de libraires, même s'il existe des plateformes de ventes intégrées » dans leurs appareils. 

 

Reste que les Français passent 59 minutes à lire sur écran chaque jour, et que le nombre d'ebooks achetés augmente de 55 %. Plus de la moitié des lecteurs passent par le domaine public pour se procurer des livres, autrement dit, les obtiennent gratuitement, et légalement. A contrario, 20 % des lecteurs ont eu recours à l'offre illégale au cours de l'année.