Les lecteurs n'ont pas à s'excuser d'acheter des livres d'occasion (Neil Gaiman)

Cécile Mazin - 04.01.2016

Edition - Economie - lecture achat - livres occasion - rémunération auteurs


Neil Gaiman est probablement l’un des auteurs les plus actifs de l’univers web. Écrivain à succès – et dont on ne peut que recommander la lecture – il s’exprime régulièrement sur le secteur de l’édition. Sa dernière intervention jette pourtant de l’huile sur le feu : l’emprunt de livres, l’achat d’occasion ou encore le bookcrossing... et la culpabilité.

 

 

Le message publié sur son Tumblr est sans équivoque : le lecteur n’a aucune culpabilité à ressentir, vis-à-vis des écrivains. Que ce soit dans l’achat d’un poche (plutôt qu’un grand format), le recours à une bibliothèque pour lire, ou encore l’achat d’occasion, le bookcrossing et toutes ces choses sont naturelles, affirme-t-il.

 

 

 

Ce qui m’importe, c’est que les gens lisent les livres et en profitent, et ce, à un moment ou un autre, quand le livre a été acheté par quelqu’un. Et que les gens qui aiment une chose le disent. Le plus important, c’est que les gens lisent. 

 

Évidemment, de la position de Neil Gaiman, on reprochera qu’il soit plus facile de lancer de telles affirmations. Ces sujets étaient d’ailleurs au cœur des réflexions d’une table ronde récemment menée au Centre national du livre. Le directeur de la Société des Gens de Lettres, Geoffroy Pelletier, évoquant la rémunération des auteurs pointait l’écueil que représente la vente d’occasion

 

Le marché de seconde main, un vrai coup de pouce ?

 

En somme, tant que cette dernière se déroulait dans des librairies spécialisées, auteurs et éditeurs ne percevaient rien sur cette seconde vente, mais le mouvement était conscrit. Depuis des années maintenant, la vente d’occasion s’est largement généralisée sur la toile, et on ne compte plus les opérateurs qui proposent des livres de seconde main. 

 

En France, le prix moyen de vente reste de 11,10 € pour les ouvrages neufs et 4,30 € pour l’occasion. Pour le Syndicat national de l’édition, comme pour celui de la Librairie française, se posait également la difficulté des ouvrages vendus « comme neufs », mais pourtant d’occasion, sur les plateformes en ligne. Une entorse à la loi Lang sur le prix unique du livre, qui introduisait une concurrence déloyale avec les libraires...

 

L’idée d’une taxation avait d’ailleurs été envisagée, par souci d’équité : « Cela rapporte au vendeur, et à l’État, qui prélève la TVA de 5,5 %. Tout ce qui passe par un revendeur ayant pignon sur rue pourrait faire l’objet de cette taxation, là encore, indolore », expliquait Marie Sellier, présidente de la SGDL, à ActuaLitté. En mai 2013, Hervé Gaymard affirmait dans un rapport que le marché d'occasion représentait 42 % du secteur du livre.

 

En l’état, le sujet n’est pas de contrôler ou d’affaiblir le droit du consommateur, mais plutôt de clarifier la présentation des livres proposés sur Internet en distinguant simplement les livres neufs (correspondant à une première vente) des livres d’occasion. 

 

Le message de Neil Gaiman est toujours vivace : l’important est de lire, et que le livre ait été acheté à un moment ou un autre. Il ne s’agit en effet pas de cautionner le piratage. Pas plus qu’on ne peut verser dans la trop grande naïveté, en oubliant que la vente d’occasion constitue un marché réel, qui contribue à la structuration d’un secteur plus vaste.

 

À ce titre, la décision qui sera rendue aux Pays-Bas, concernant Tom Kabinet, société proposant la revente de livres numériques d’occasion, ne manquera pas d’intérêt...

 

Concernant la bibliothèque et le prêt de livres, Neil Gaiman avait déjà plus que manifesté sa totale solidarité. Le 14 octobre 2013, il avait donné une conférence à l’invitation de la Reading Agency, au Barbican Centre de Londres. En résultait un discours poignant, Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination, sous-titré « Une conférence sur le devoir de chaque citoyen d’exercer son imagination et de pourvoir à ce que les autres exercent la leur. »

 

Ce document avait été diffusé gratuitement par le Diable Vauvert, éditeur français, après traduction par Patrick Marcel, à l'occasion du lancement de l'opération Lire en short, dédiée à la littérature jeunesse.