Les lectrices de Fifty Shades of Grey deviennent sexistes ou l'étaient déjà ?

Nicolas Gary - 10.05.2016

Edition - Société - Fifty Shades lecteurs - sexisme machisme lecture - romans trilogie porno


Nul n’entretenait d’illusions : les livres de EL James n’ont rien d’une ode à l’égalité entre hommes et femmes. Entre Christian et Anastasia, personnages de Fifty Shades of Grey, c’est l’amour sado-maso, où l’homme tient les rênes et le fouet. Et toute la dynamique des livres tendrait à rendre ses lecteurs.trices plus sexistes, annonce une étude. Le sadomasochisme, c’est avant tout une relation de domination, n’est-ce pas ?

 

Fifty Shades of Grey - Sex Shop

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Quand bien même Christian et Anastasia finissent par se marier à la fin – oups, spoiler ! – le livre aurait une vilaine influence sur ses lecteurs. Les chercheurs des universités de l'État de l'Ohio et du Michigan viennent ainsi de fournir des conclusions assez désagréables. En effet, les lectrices femmes se retrouvent dans les deux catégories de sexisme : bienveillant et hostile. Le premier désigne une attitude où la femme doit être protégée et chérie par les hommes, le second est bien plus clair : une hostilité vis-à-vis des femmes, reposant sur une forme de mépris et de déconsidération. 

 

Les chercheurs, pour arriver à ces faits, n’ont pas eu à lire les livres : ils ont simplement étudié les résultats de 715 femmes âgées de 17 à 24 ans, en se servant de l’Ambivalent Sexism Inventory. Ce dernier se compose de 22 états, comme des échelles, qui permettent de classifier les comportements : les 11 premiers relèvent du sexisme hostile, les 11 derniers, du sexisme bienveillant. 

 

Pour commencer simplement, 61 % des répondantes n’avaient pas lu la trilogie, quand 46,2 % l’avaient lu, et l’avaient appréciée. 

 

Celles qui étaient arrivées à la fin du premier tome font preuve d’un sexisme hostile et bienveillant supérieur à celles qui ne l’avaient pas lu. Celles qui ont interprété la trilogie comme une série de livres romantiques – n’oublions pas, à la fin, ils se marient – font en revanche état d’un sexisme bienveillant, celui qui est proche de la condescendance. Une vision dégradante, mais pas nouvelle.

 

Le bonheur d'une femme, impossible sans monogamie hétérosexuelle

 

« Nos résultats confirment les études empiriques antérieures, montrant les liens des interactions que des aspects de la culture populaire, tels que la télévision et les jeux vidéo, entretiennent avec les croyances et les comportements des individus », expliquent les auteurs de l’étude. 

 

Conformément aux idées préconçues, dans le sexisme bienveillant, l’épanouissement personnel d’Anastasia ne peut s’accomplir sans une relation monogame hétérosexuelle. « Parce que la relation entre Anastasia et Christian est cohérente avec les notions de sexisme bienveillant, il va de soi que ceux qui trouvent Fifty Shades romantique entretiendront également des convictions liées à ce sexisme bienveillant », poursuivent les universitaires. 

 

Bien entendu, les chercheurs admettent totalement que d’autres facteurs interviennent dans leurs conclusions. Le premier étant que des personnes avec une attitude sexiste, à l'origine, pourraient être enclines à lire spontanément Fifty Shades. De même, la lecture du livre pourrait « cultiver des attitudes sexistes ».

 

Ce qui est en revanche plus inquiétant, c’est qu’une partie des lectrices ait pu trouver l’histoire romantique – et ce, d’autant que des études avaient justement montré que le livre aurait des défauts à foison. On l’a ainsi accusé d’entraîner des formes de harcèlement sexuel ainsi que des troubles alimentaires, mais plus encore, de banaliser les violences dont les femmes sont victimes. 

 

« La relation entre Christian et Anastasia prend la forme d’une hiérarchie violente, rendant Anastasia inférieure à Christian : elle est dépeinte comme plus faible, moins autoritaire, plus sensible et moins intelligente. Entre outre, le déséquilibre des pouvoirs entre eux prend la forme d’une violence psychologique – Christian intimide, menace, frappe, humilie et isole socialement Anastasia – et d’une violence sexuelle – il recourt à l’intimidation et l’alcool pour altérer la volonté d’Anastasia », expliquait-on.

 

Chose particulièrement amusante, l’actrice Kristen Stewart, qui incarnait Bella dans Twilight, déplorait elle aussi le sexisme ambiant... mais cette fois à Hollywood. « Les femmes ont immanquablement à travailler plus pour se faire entendre, ici. » Que devrait dire Anastasia !

 

via Guardian