Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les lettres manuscrites sont encore au goût du jour !

Clément Solym - 02.02.2012

Edition - Société - Lettres manuscrites - Dave Eggers - Letter in the box


On savait les Américains très portés sur le livre numérique, mais le papier, et par ce biais les bonnes vieilles lettres, bénéficie encore d'une certaine aura. La preuve en est : à l'initiative du magazine artistique The Rumpus, une ribambelle d'auteurs, dont notamment Dave Eggers, s'engage à répondre chaque semaine aux lecteurs par une lettre manuscrite.

 

A l'origine de ce projet underground  très à contre-courant, la nostalgie de l'auteur Stephen Elliot. « J'ai eu cette idée parce que j'avais pour habitude d'écrire des lettres, mais ces derniers temps, il me manque d'en recevoir et d'en envoyer ». Il y a trois semaines, il se remémorait ses échanges épistolaires avec sa dulcinée d'alors. Elle faisait le tour de l'Europe, et Stephen s'échinait à ce qu'elle reçoive une lettre dans chaque ville dont elle foulait le sol. 

 

D'un coup d'un seul, l'idée de lancer ce projet s'est transformée en réalité. Résultat, il se retrouve avec une quantité faramineuse de lettres et de demandes provenant des lecteurs qui souhaitent participer à ces échanges manuscrits. « Je n'avais pas réalisé que le nombre de réponses pouvait être aussi écrasant » se réjouit-il.

 


 

Touchantes retrouvailles, n'est-il pas ?

 

Mais l'on découvre avec surprise que cette volonté de retourner à une utilisation de la vieille et poussiéreuse boîte aux lettres est très largement partagée. Mary Robinette Kowal, auteure récompensée pour Hugo, a émis le souhait que toutes personnes qui passent sur son site Internet envoient une lettre par jour durant tout le mois de février.

 

L'idée a fait son chemin et Mary a recensé que près de 20.000 internautes s'étaient engagés personnellement. Mais il est intéressant de constater que ce projet lui est venu à l'esprit après avoir observé une cure d'Internet pendant un mois. Elle a retrouvé le plaisir à recevoir des lettres, dont le contenu et la forme sont très différents de celui d'un email. « L'écriture de lettres est un acte purement social, et j'ai redécouvert que j'adorais cela. »

 

Un éditeur britannique va encore plus loin. Scott Pack promet en effet de répondre par une lettre manuscrite à « chaque personne qui veut entendre parler de moi ». Malgré l'aspect égocentrique de la méthode, il affirme que c'est « le frisson qui vous parcourt quand vous recevez une lettre dans votre boîte » qui l'a motivé. « Vous ne savez pas de qui elle est d'où elle vient, mais vous supposer, vous imaginez… ».

 

Mais si en toile de fond de la nostalgie latente, c'était tout le numérique qui était remis en question ? Puisqu'on se rend bien compte ici que l'email n'est plus utilisé qu'en tant qu'outil. Et donc qu'il ne pourra jamais et en aucun cas remplacer la lettre manuscrite.

 

D'ailleurs, Mary Kowal soutient que la lettre est bien plus « intime » que l'email. De plus, l'aspect immatériel du numérique est lui aussi plus que jamais remis en cause. Elle ajoute « Quand je mourrai, vous pensez réellement que quelqu'un lira mes vieux emails ? Les lettres et les emails sont deux formes de communications, mais une lettre représente une action physique qui est partagée malgré le temps et l'espace ».

 

Plus important, il apparaît que lire et recevoir une lettre est une réelle source de plaisir. « Avec une lettre, vient toujours une série de petits bonheurs ».

 

Vous l'aurez compris, arrêtez le Prozac et écrivez des lettres.

  

Pour participer au projet de Rumpus, cliquez ici.